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[ITW] Lord Bif

Lord Bif

J’ai eu la chance de rencontrer Lord Bif lors du dernier Play’it Festival où nous étions tous deux intervenants pour des tables rondes au sujet du jeu vidéo. Derrière ce personnage très sympathique, j’ai surtout découvert un compositeur de talent ! Lord Bif, au-delà du Youtubeur, est avant tout un musicien qui prend son pied à faire des covers de musiques de jeux vidéo et à en faire de très chouettes vidéos… Ses influences tantôt jazzy tantôt métal nous font redécouvrir de façon inattendue les musiques qui ont bercé nos heures de gaming les plus acharnées : StarCraft, The Witcher ou encore Final Fantasy font partie des références qu’il aime reprendre à sa sauce. Plus récemment, il a aussi contribué au dernier album de l’excellentissime Materia Collective « MENU » dédié aux musiques de … menus. Mais ils vous en parlera bien mieux que moi…



  • Bonjour Lord Bif ! Et bienvenue sur Kiss My Geek…

Lord Bif : Bonjour, et merci de me recevoir !


  • Peux-tu commencer par nous dire ce que tu fais de beau dans la vie et d’où te vient ce pseudo ?

LB : Le jour, je travaille dans l’informatique, la nuit je fais de la musique ! Principalement des arrangements de musiques de jeux vidéo sur ma chaîne, ainsi que de plus en plus de compositions. Mon pseudo « Bif » date du lycée où je suis arrivé en région parisienne, après avoir pas mal bougé en France. Mes amis inventaient des mots que je ne connaissais pas, me faisant croire que c’était très connu dans le coin. Ma naïveté de l’époque a fait le reste ! « Bif » est l’un des mots qu’ils ont inventés, c’est resté comme mon surnom parmi mes amis. Le « Lord », je l’ai ajouté pour internet, pour éviter xXX_BiF_1234_XXx quand il était déjà pris. Quand il a fallu choisir un nom pour la chaîne, rien ne me venait à l’esprit alors je suis resté simple et j’ai réutilisé ce pseudo !


  • Ce qui frappe dans tes vidéos c’est le nombre d’instruments auxquels tu sais jouer – c’est complètement dingue ! Comment as-tu fait tes premiers pas de musicien et où en es-tu aujourd’hui ?

LB : J’ai eu de la chance d’avoir été poussé à en faire très jeune. Ma mère vient du monde de la musique classique, elle est spécialiste du baroque. Dès que j’ai été en âge de commencer un instrument, j’ai voulu faire de la batterie. Instrument bien trop moderne pour elle à ce moment là, j’ai donc sans trop pouvoir choisir commencé la viole de gambe (oui c’est très spécial !) ce qui ne me plaisait pas vraiment. Lors d’un déménagement, j’ai dû choisir un autre instrument – faute de cours de viole de gambe – mais toujours pas la batterie. J’ai donc choisi la trompette, puis plus tard le tuba, mais je ne prenais toujours aucun plaisir. En parallèle, il y avait les cours de solfège traditionnels. C’était un peu un calvaire dans mes souvenirs, je préférais largement faire un peu de sport et voir mes potes que de devoir faire des dictées de notes. J’ai claqué la porte de tout ça lors de ma crise d’ado. Mais ça a fini par me manquer un peu, et je m’y suis remis plus tard, cette fois aux percussions, dont la batterie pendant quelques années. En parallèle, j’ai commencé la guitare en autodidacte.


Lord Bif


Au début je voyais la musique comme une obligation et une corvée. Mais je pense que cette expérience m’a beaucoup aidé à devenir un peu touche-à-tout. Je ne me considère pas comme doué avec tous les instruments, mais j’obtiens à peu près les résultats que je veux, grâce aux instruments réels et aux instruments virtuels, qui sont extrêmement convaincants à présent ! Aujourd’hui j’aime bien expérimenter de nouvelles choses, ajouter un petit instrument par-ci par-là, ça m’amuse beaucoup !

Niveau écoute et inspiration, j’écoute pas mal de prog’, et un peu de funk en général, mais je varie selon les humeurs.


  • Et tes débuts de gamer ?

LB : Il y avait une NES et une Sega Master System à la maison. Mes premiers moments salés datent des combats de pierre-feuille-ciseau sur Alex Kid, le jeu qui était préchargé dans la Master System. Un jour je suis allé chez un copain qui avait une Megadrive, avec Power Rangers. Je ne me souviens même pas si le jeu était bien, mais à l’époque la 16 bits m’a donné une claque, donc je me suis mis à rêver d’une nouvelle console à la maison. À Noël, en 1996, j’ai découvert un machin en plastique gris avec « PlayStation » marqué dessus, à la place de la Megadrive dont je rêvais. Quelle déception ! … jusqu’à ce qu’on mette le premier Crash Bandicoot dedans. C’est là que j’ai été mordu je crois. On a eu un PC aussi, à l’époque de Windows 95, avec WarCraft 2. La musique de Blizzard est aussitôt devenue une référence pour moi.

Aujourd’hui, mon jeu préféré reste la trilogie Mass Effect, son univers et ses personnages, ainsi que sa musique bien évidemment. Dans un registre très différent, je suis assez fan de la série de jeux Yakuza, sur laquelle je passe pas mal de temps. J’ai toujours le dernier DLC de The Witcher 3 que je dois finir, et quand je veux jouer avec des amis, j’ai beaucoup plus d’heures sur Overwatch, que je ne saurais l’avouer. Et j’essaie pas mal de jeux que je n’arrive pas à terminer faute de temps : la liste est longue ! Le dernier en date est Sekiro, j’espère que ma manette survivra…


  • Et là, musique + jeu vidéo : pouf, ça fait des chocapics ?

LB : Paf pastèque !


  • Qu’est-ce qui t’a décidé à te « mettre au Youtube game » ?

LB : Quand j’étais étudiant, j’ai eu envie de commencer à m’enregistrer. Puis, quand j’ai découvert les premières covers sur Youtube, j’ai eu très envie de m’y mettre aussi, ça m’a motivé à apprendre l’enregistrement, le mix, la vidéo aussi, sans pour autant tout de suite me compliquer la tâche avec la composition. Mais il a fallu attendre que je commence à travailler pour pouvoir investir financièrement dans les premiers logiciels, carte son, etc. À ce moment là, vers 2014, on était déjà beaucoup à s’y mettre, c’est là que les projets communautaires ont commencé à se créer aussi.


  • Comment choisis-tu les titres dont tu fais les covers ?

LB : Ils sont quasiment toujours issus d’une liste de thèmes qui me touchent personnellement. Je n’ai presque jamais fait d’arrangements de morceaux de jeux auxquels je n’ai pas joué, ou jamais écoutés. Mais ça peut quand même arriver, notamment en collaboration. Non pas que ça me dérange, mais il y a tellement de musiques qui m’intéressent déjà, il faut faire des choix ! Je ne fais que très peu d’arrangements de jeux qui font l’actualité, c’est peut-être quelque chose que je devrais faire plus pour élargir un peu mon public ; je n’ai pas envie de rentrer dans une sorte de course à qui sortira le premier telle ou telle cover qui ne m’inspire pas. J’aurais bien aimé faire un arrangement du dernier God of War par exemple !

J’essaie toujours de choisir un morceau auquel je pourrais apporter quelque chose. Juste rejouer les morceaux avec des instruments live ne m’intéresse pas trop, autant écouter l’originale. Il faut que je puisse changer d’un genre à un autre (du Rock au Funk par exemple). Ou bien apporter une instrumentation différente, comme remplacer un sifflement par un saxophone (comme j’ai pu le faire dans mon arrangement de Shadow, de FF6). Après il m’est arrivé de refaire des morceaux de manière très proche de l’originale, comme certains de StarCraft 2, que je voulais absolument faire par plaisir.



  • Peux-tu nous décrire ton processus créatif audio ?

LB :  Je suis un peu flemmard, du coup je fais tout à l’oreille. Je n’aime pas écrire des partitions ou ce genre de choses, je ne le fais que pour les musiciens qui enregistrent des parties pour mes morceaux. Du coup en général je commence par prendre le morceau original, puis je le triture pour me construire une base : tempo, structure en fonction du style que j’ai en tête, ligne directive. J’essaie aussi de penser à quelques idées un peu sympa : des solos, des harmonies, une référence à un morceau que j’aime bien…

Ensuite je commence l’enregistrement par la basse et la batterie pour me faire une base, mais c’est pas systématique. C’est un peu bordélique en fait quand j’y pense, je fonctionne pas mal au feeling ! Puis, quand ça commence à ressembler à ce que j’ai en tête, je structure par étapes, pour en arriver au mix final. Mais du coup c’est un processus un peu long pour moi, j’essaie de changer pour pouvoir augmenter ma productivité. C’est pas évident, mais c’est très intéressant aussi cette partie du job !


  • Et vidéo ?

LB : C’est moins mon domaine, mais j’essaie de plus en plus d’avoir une idée de base. Une fois que j’en ai une, je filme tous les instruments un par un en entier, puis je fais le montage en fonction de la musique, en variant les plans de manière à ce que ça soit dynamique. J’essaie d’ajouter un truc nouveau à chaque vidéo, histoire de progresser ! Le montage se fait aussi au fur et à mesure, puis je le modifie si des idées me viennent. C’est sûrement un peu long et fastidieux, mais ça me laisse pas mal de liberté. J’aimerais filmer plus en extérieur aussi, mais c’est forcément plus complexe en terme d’organisation : ça viendra peut-être !


  • Qui sont tes collaborateurs qu’on voit dans certaines de tes vidéos ?

LB : Ce sont essentiellement des musiciens collègues coveristes, que j’ai rencontrés via divers groupes de musique de jeux vidéo, comme Gamelark, Pixel Mixers ou Materia Collective. Je peux citer Banjo Guy Ollie, qui joue du banjo dans mon morceau issu de Crash Bandicoot 3, avec également Subversive Asset, saxophoniste sur ce même morceau. Julia Henderson est la chanteuse de ma reprise de « I am the One« , The Dragon Age inquisition. Elle est manager du label Gamelark. Il y a Marc Papeghin qui m’offre son talent à la trompette de temps en temps, ou encore différents membres de Materia Collective sur mon arrangement funk d’un morceau de StarCraft. Les collabs se font assez naturellement en fait, un peu en mode « j’ai besoin d’un trompettiste ou d’une chanteuse, tiens si je proposais à untel dont j’adore le boulot? ». Cette communauté est vraiment sympa pour la musique, il y a beaucoup d’entraide.

Il y a aussi pas mal de fois où je donne un coup de main sur d’autres chaînes, de la même manière que sur la mienne. Je pense notamment à Ro Panuganti, qui fait des arrangements prog assez cool, et avec qui j’ai bossé sur « Suicide Mission » de Mass Effect 2, morceau qui me tient particulièrement à cœur.



  • Materia Collective : c’est qui / c’est quoi ? Comment tu les as rencontrés ? Comment s’est faite la collaboration ?

LB : Materia Collective c’est un groupe/label de musiciens internationaux, dont le but est de faire des albums d’arrangement de musique de jeux vidéo le plus professionnellement possible. Les albums sont licenciés et distribués sur toutes les plateformes habituelles. Il y a énormément de monde qui en fait partie, et les albums sont très variés. Ce sont principalement des albums collaboratifs, avec beaucoup de personnes différentes qui y contribuent. Comme les musiciens viennent du monde entier, tout se fait via internet, c’est assez chouette de voir ce qu’on est capable de faire en étant aussi éloignés géographiquement. Le siège et son fondateur se situent aux États-Unis.

Je connaissais pas mal de musiciens de l’album fondateur, et j’ai été inclus de manière assez naturelle lors du deuxième album, de Final Fantasy VIII, en tant que musicien sur le morceau de Donut Drums, un coveriste orienté batterie. Depuis j’ai fait mes propres morceaux pour plusieurs albums et j’ai participé sur d’autres en tant qu’interprète. Les albums sont d’une grande qualité, je recommande! 😉

Le dernier album auquel j’ai participé s’appelle « MENU: An Homage to Game Title Themes ». Il fait la part belle aux thèmes des menus principaux ou des introductions de jeux variés, au choix des musiciens. C’était un thème plutôt sympa, et ça a donné des choses assez surprenantes, comme avec le thème de Katamari !



  • Peux-tu nous parler de la cover et / ou de la vidéo dont tu es le plus fier ?

LB : Très certainement mon arrangement du Terran Theme 2 de StarCraft. Il rassemble peut-être un peu tout ce que j’aime dans ce que je fais : arrangement différent et fun, collaborations vraiment chouettes, morceau original génial. C’est sûrement l’un des plus aboutis techniquement aussi.



  • Peux-tu nous faire part d’une anecdote qui t’a marqué sur la création de l’une de tes vidéos ?

LB : Je pense peut-être à mon morceau tiré d’Okami. Je voulais faire un arrangement de ce jeu depuis très longtemps, mais je voulais pouvoir proposer un arrangement différent. Or les morceaux originaux sont déjà très typés musique japonaise, forcément, et j’ai eu beaucoup de mal à trouver une idée satisfaisante. Puis ma compagne, à force d’entendre en boucle le morceau que j’écoutais en recherche d’inspiration, a trouvé que ça ressemblait un peu à une musique de western, ce qui m’a donné une super direction que je n’aurais peut-être pas trouvé moi-même. J’aime bien l’idée que des inspirations puissent venir de mes proches ou de petites réflexions comme ça, et je suis content du résultat final. J’ai dû apprendre un peu l’harmonica par contre, et ça c’était moins fun : je trouve ça super difficile!

En anecdote moins amusante, il y aurait peut-être celle sur le thème principal de Dragon Age Inquisition. Environ un an avant de la sortir, j’avais déjà essayé de la reprendre, mais ça s’était avéré un échec cuisant lors de ce premier essai. Peut-être par manque d’inspiration ou par limitations dans ce que je savais faire à l’époque… Ça m’avait un peu déprimé d’avoir dû abandonner car ça ne m’était pas encore arrivé. Mais j’ai retenté plus tard pour ne pas rester sur un échec, et je suis finalement assez content de ce que ça a donné !


  • Tu nous partagerais tes références vidéo pour tes créas ?

LB : Il y en a plein ! Je les ai cités en tant que collaborateurs, mais les références qui me viennent naturellement à l’esprit sont Marc Papeghin, qui fait des medleys monstrueux sur les OST de Final Fantasy, entre autres. J’imagine mal le nombre d’heures qu’il doit y passer à chaque fois ! Il a fait d’excellentes collaborations avec Songe, dont leur reprise de StarCraft qui est probablement la vidéo qui m’a poussé à me lancer aussi. J’adore Banjo Guy Ollie aussi, qui reprend les thèmes dans un style inspiré des musiques celtiques. Il y a également CamillasChoice, que j’aime beaucoup, qui a une voix incroyable, et avec qui j’ai eu la chance de travailler. Et plus récemment je suis devenu hyper fan de Tournament Arc, un groupe jazz qui fait des choses géniales, comme leur morceau venant de Persona 5.



Et ensuite dans un autre registre, il y a les innombrables vidéos sur le mix et l’enregistrement, que je regarde régulièrement et qui ont un impact sur mes musiques d’un point de vue technique. En tant que home-studiste, c’est une source très importante de connaissances.


  • Et tes compositeurs favoris, histoire qu’on se refasse nos playlists ?

LB : Je retiens surtout des OST en particulier, mais du coup Nobuo Uematsu et Yasunori Mitsuda qu’on n’a pas besoin de présenter bien sûr ! Mais aussi Jeremy Soule, Jack Wall et Sam Hulick entre autres pour Mass Effect, Bear McReary pour God of War, Mick Gordon pour le dernier Doom, Olivier Derivière pour Remember Me (à faire si vous ne le connaissez pas celui-là, je le trouve injustement méconnu !), Trevor Morris pour Dragon Age, Harry Gregson-Williams et Norihiko Hibino pour MGS, Inon Zur, tous les compositeurs de chez Blizzard… 

Pour les jeux indé, j’adore Ben Prunty pour FTL, Jake Kaufman pour Shovel Knight, Danny Baranowsky… Il y en a tellement, je ne peux trouver des favoris parmi eux ! Le style varie énormément, du coup je les écoutes en fonction de mon humeur.


  • Y a-t-il une musique dont tu n’as jamais osé faire la cover (mais tu en rêves secrètement) ?

LB : Le thème de Tristram, de Diablo 2. Sûrement parce que je ne crois pas pouvoir lui apporter quelque chose pour le moment, tellement je le trouve parfait tel quel. Il m’impressionne toujours autant en tout cas !


  • Quelles sont tes actus et tes projets futurs ?

LB : Je travaille sur un morceau et une collaboration pour un nouvel album Materia Collective. Je ne peux malheureusement pas encore dire le nom du jeu dont c’est inspiré, mais ça devrait être vraiment chouette ! J’ai aussi deux collaborations en préparation avec des chanteuses. L’un des morceaux n’est pas un morceau de jeu vidéo, donc ce sera une première pour moi 🙂 Et j’ai quelques projets perso en cours d’enregistrement également. Je me suis aussi lancé dans une phase de remix de certains de mes anciens arrangements, pour les sortir sur les plateformes habituelles (Spotify, iTunes, etc.).

En parallèle, je fait pas mal de compositions maintenant, que ce soit pour le plaisir ou pour des musiques d’accompagnement pour des Youtubers ou d’autres projets. C’est très fun aussi et j’espère pouvoir en faire de plus en plus, pourquoi pas pour des jeux un jour si j’en ai la chance !


  • Si tu avais un super-pouvoir de geek ce serait quoi ?

LB : Pouvoir arrêter le temps et la fatigue lorsque je joue aux jeux vidéo. C’est ce qui me manque le plus, entre le travail, la musique, les amis, etc. J’ai beaucoup de jeux en retard, c’est frustrant, mais je sais qu’on est beaucoup dans ce cas-là. Donc être un adolescent, finalement…


  • Merci à toi d’être venu nous expliquer l’étendue de ton talent sur Kiss My Geek !


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