Interviews 4

[ITW] Sebkun !



Wouh ! Hé bhein, j’ai bien cru que ce vendredi on n’aurait pas d’interview ! Mais heureusement, Sébastien Agogué m’a sauvé la mise. Pas seulement grâce à sa rapidité de réponse, mais surtout par sa gentillesse et son ouverture d’esprit. Je l’ai déjà remercié dix fois, mais ça sera une fois de plus. Ça a été un vrai plaisir de discuter avec lui et j’espère que ça se ressentira avec cette interview que vous aurez, je l’espère, plaisir à lire. Qui est « Sebkun » ? C’est l’attaché de presse des éditions de manga Tonkam… et beaucoup d’autres choses ! Mais je vous laisse découvrir tout ça à travers notre échange…


Kiss My Geek : Bonjour Sébastien, et bienvenue dans l’antre de Kiss My Geek ! C’est la première fois que nous recevons en interview quelqu’un de tellement passionné par le manga qu’il en a fait son métier, et c’est un plaisir de pouvoir pousser cette nouvelle porte avec toi et avec nos lecteurs. Si le nom de la maison d’édition pour laquelle tu travailles est bien connu en France, le tien pourrait le sembler moins pour certains d’entre nous. Commençons donc très classiquement et tout en douceur : pourrais-tu te présenter ?

Sebkun : Alors bonjour. Sur le net, on me voit traîner sous le surnom de Sebkun!! en général. J’ai 32 années galactiques standards et je suis, entre autre, l’attaché de presse des éditions Tonkam depuis 8 ans (enfin ça fera 8 ans en août).


KMG : Quand je t’ai eu au téléphone, j’ai eu l’impression que tout avait été très vite pour toi. Tu es passionné depuis tout petit et aujourd’hui tu travailles dans un domaine qui te fait rêver. Peux-tu nous expliquer ton parcours professionnel ? Et éventuellement dispenser quelques conseils aux gens qui voudraient suivre une voie semblable à la tienne : travailler dans l’édition du manga en France.

S. : Tout est relatif mais oui, on peut dire au moins que j’ai eu un parcours atypique (NdEskarina : Maxime, si tu nous lis :D). A l’âge de 6 ans, je décide que « je serai informaticien plus tard », un vœu pieu qui ne me quittera pas jusqu’à la majorité malgré la floutitude qu’il recouvre. Fraîchement diplômé dans ce domaine, j’entre dans un cabinet d’audit et de conseil pour travailler et ouvre parallèlement mon premier site Web, un site de fans de manga.

Passionné par Linux, je vais tous les jours sur linuxfr.org pour suivre l’actu du logiciel libre et m’émeus de l’absence de média similaire pour le manga. Qu’à cela ne tienne, je lance mangasfr (trop original comme nom, hein ?) – qui deviendra par la suite Mangavore.net puis .fr mais on en parlera plus tard – sur le même principe. J’entre en contact avec les éditeurs et en particulier Tonkam, par le biais de la boutique où Pascal – le directeur éditorial – passe très souvent.

C’est ainsi que, quelques années plus tard alors que je cherche à me réorienter dans le manga, il me propose le poste d’attaché de presse alors en création chez Tonkam. Je l’admets, c’est particulièrement fun de bosser sur sa passion. Mais pour le coup, je conseillerai aux gens qui veulent « travailler dans le manga » de se fixer un poste en particulier et de faire les études qui vont avec (marketing, métiers du livre…). En huit ans, le marché s’est structuré et pour se faire sa place, il vaut mieux avoir le bon cursus.


KMG : La semaine dernière nous avions demandé à Gérard Baste quelle était sa journée type. Ça en révèle souvent pas mal sur l’environnement et la personnalité de chacun alors… Nous poussons la curiosité plus loin en te posant la même question qu’à lui ! Quelle est ta journée type en tant qu’attaché de presse et geek fini ?

S. : Question pertinente que celle-ci. Ma journée et divisée en plusieurs parties. En arrivant, je checke mes mails pour les éventuelles urgences. Si j’ai le temps, je fais un tour des média web majeurs du milieu (Manga-News, Total-Manga…) et de quelques forums comme celui de Mangaverse ou celui de Tonkam afin de voir ce qui se dit, si on parle de Tonkam… Bref, pour faire un minimum de veille. Ensuite, si j’ai reçu des magazines, je vérifie s’ils parlent de nous ou pas et quand j’en ai suffisamment, je m’occupe de ma pile à traiter pour faire une revue de presse.

J’occupe ensuite ma journée avec les différents dossiers à traiter, les journalistes à rappeler, les nouveaux à contacter, les images à fournir aux médias… Une bonne partie de mon travail est aussi très triviale puisqu’elle consiste à lire nos mangas pour en faire le résumé et une fiche de lecture pour en parler aux journalistes justement. On peut donc dire que je suis en partie payer pour lire des mangas, plutôt cool non ?

Niveau geekomètre, j’ai Netvibes en page de démarrage de mon navigateur, ce qui me permet d’avoir toujours un œil sur le JdG, Univers FB, Gamekult et quelques autres sites importants.


KMG : Ensemble, nous avons également parlé des différents projets sur lesquels tu travailles, et ils sont pléthore ! Mangavore, Planet Manga, et… et plein d’autres ! Je te laisse nous en dire plus sur les différentes causes que tu sers.

S. : C’est vrai, je dois être un peu hyperactif parce que je ne peux pas rester sans rien faire. J’ai toujours besoin de m’occuper. C’est pourquoi je suis également le fondateur de Mangavore.fr, un portail d’actu sur le manga et l’animation japonaise qui fête cette année ses 10 ans. Enfin, je suis responsable (dans tous les sens du terme) du pôle manga et d’une partie du jeu vidéo dans le magazine Planet Manga.

Début 2010, j’ai fortement fait évoluer Mangavore.fr en ajoutant un fort aspect social en permettant aux membres de rajouter leurs vidéos ou albums photos, créer des groupes… bref, l’ambition à terme est de créer un vrai réseau social de qualité pour les fans d’entertainment japonais au sens large. J’en profite donc pour lancer un appel à candidature pour des animateurs de forum ou des rédacteurs de news et/ou chroniques. J’ai également lancé le mois dernier le podcast audio de Mangavore.fr qui a reçu un accueil plutôt chaleureux et dont le prochain numéro devrait sortir d’ici quelques jours j’espère.

Concernant Planet Manga, comme je le disais, je m’occupe de rédiger les news manga, les chroniques mais également une partie des articles et des tests de jeux vidéo. C’est un projet très sympa parce qu’on est une équipe très réduite mais de potes, du coup, j’ai une très grande liberté dans le choix des jeux que je teste ou des articles à écrire. Après, on ne perd pas de vue notre cible aussi le magazine paraitra très léger aux gros otakus qui sont trop vieux pour notre revue.


KMG : En rapport avec tout ce que tu viens d’évoquer, quelles sont tes envies à court, moyen et long terme ? Personnelles et professionnelles, bien entendu !

S. : Bah c’est pas avec des questions pareilles que je vais réduire mes réponses, dis donc !

Alors à Tonkam, cette année va être passionnante parce qu’avec le lancement de notre collection Young, qui fait le pont entre les lecteurs de shônen et le seinen (Ndlr : type de manga réservé au lectorat ado et jeune adulte), le travail de prescription prend une dimension intéressante. D’autant que j’adore ce genre et qu’on attend deux titres trippant : Liar Game et Wolf Guy. Complètement aux antipodes l’un de l’autre, ils s’annoncent comme deux incontournables de l’année 2010.

Pour Mangavore, le travail est énorme et sur 10 ans, je suis le seul survivant des débuts. Aussi, je suis passé plusieurs fois par des phases de découragement. Du coup, l’objectif 2010 c’est d’atteindre un rythme de croisière avec le site et de monter une communauté pas nécessairement énorme mais dynamique et surtout sympathique. Ça commence à prendre forme, avec quelques utilisateurs qui se reconnaîtront s’ils me lisent. L’idée, c’est de construire une base pour un projet ambitieux et que je pense novateur.


KMG : Bon, on en vient maintenant à la deuxième partie de cette interview. Je sens que tu as beaucoup de choses à nous dire, et nous avons hâte de découvrir tout ça ! Tu m’as dit cumuler toutes les tares possibles d’un geek et le revendiquer fièrement. Mais… Qu’est-ce qu’un geek pour toi ?

S. : C’est vrai, j’ai dit ça. Alors pour moi un geek, ça passe nécessairement par une passion de l’informatique ou d’un domaine scientifique quelconque, je sais c’est un peu réducteur mais c’est comme ça que je le vois.

Après c’est vrai qu’avec l’évolution du terme ces dernières années, on peut le recouper vaguement avec d’autres asociaux comme l’otaku, le gamer, le rôliste, le télévore… le hic c’est que je suis tout ça à la fois. Et vous avez remarqué ? J’ai pas cité le sportif. [soupir]

Allez, c’est le moment Friming geek, je suis master à 2 jdr et joueur sur 2 tables, je joue actuellement activement sur 2 consoles de salon et une portable, j’suis tech addict/mac addict, évidemment otaku et gros consommateur de produits culturels au sens large (musique, vidéo, livres…) ma mangathèque compte plusieurs milliers de mangas (je dois faire l’inventaire cette année justement) et ça fait cette année 15 ans que je suis fans actif d’entertainment japonais.


KMG : Que penses-tu de l’évolution de cette culture ?

S. : Alors un premier niveau de réaction assez primaire m’amène à trouver que la « geek culture » devient un peu trop hype et que c’est insupportable de voir ce mot assaisonné à toutes les sauces.

Pourtant, quand on y regarde de plus près, tout ceci s’avère extrêmement positif puisqu’il révèle d’une acceptation de notre statut et d’un désenclavement du geek qui était jusqu’ici plus ou moins confiné aux frontières de l’autisme et de la beaufitude…

Mon seul regret, c’est que le jeu de rôle ait été écrasé ainsi par le jeu vidéo et soit resté une microniche. C’est vraiment dommage parce que le JDR dispose de nombreux atouts sous-estimés et même de quelques vertus. Ainsi, socialement c’est ultra-enrichissant que de construire une histoire ainsi, à plusieurs. Les phases de roleplay apportent de la confiance en soi et de l’assurance tandis que les différents univers aident à ouvrir l’esprit à la différence et à l’imaginaire.


KMG : Et, profitons que tu sois calé en la matière : qu’aurais-tu à nous dire sur l’évolution de la culture manga ? Que penses-tu des rassemblements qui se multiplient sur ce phénomène qui a débuté dans les années 80′ en France et qui continue en force en s’étendant à tout un pan de la culture japonaise ?

S. : Je trouve ça palpitant. Voir tous ces gens motivés uniquement par la passion pour faire découvrir leur univers et tenter de se regrouper pour passer un bon moment, c’est tout bonnement incroyable. Honnêtement, qui – quand il a vu les réactions françaises à l’arrivée du manga à l’époque – aurait pu penser qu’aujourd’hui 160 000 fans de mangas pourraient se réunir à Villepinte pour partager tout ça ? Les milieux de passionnés, il y en a à la pelle, mais je pense très sincèrement qu’il n’y a que dans le manga où vous pouvez mettre au même endroit une bande de gamines de quinze ou seize ans, vêtues à la limite de la décence et une bande de racailles, et tout se passe bien… Alors oui, mon exemple est un peu cliché mais pas tant que ça, puisque je me suis vraiment fait cette remarque à un retour de Japan Expo dans le RER B ! Et je crois qu’avant de mettre en avant la réussite commerciale d’un marché, l’âge d’un lectorat ou je ne sais quel autre aspect, je pense que pour convaincre les béotiens du côté sain de notre communauté, c’est avant tout en parlant de l’ambiance qui y règne qu’il faut l’aborder.


KMG: A quoi joues-tu en ce moment ?

S. : Comme dit plus haut, en ce moment je joue à Pokémon version Or Heartgold. Je vais bientôt me pencher sur God of War 3 et j’attends avec moult impatience Super Street Fighter IV… Enfin, je dois mettre mon PC à jour pour profiter pleinement de ma clé béta Starcraft 2.


KMG: Qu’est-ce que tu lis ?

En ce moment, plus grand chose. Je suis à fond sur Pluto, un seinen dessiné par Naoki Urasawa (auteur de Monster) à partir d’un chapitre de Astro Boy. C’est passionnant, surtout quand on aime Asimov, K. Dick et consors. Je suis un inconditionnel de One Piece que je suis à parution dans le Weekly Shônen Jump et de Liar Game, le Young Seinen que nous lançons chez Tonkam fin juin !

Or manga, j’ai le dernier tome du cycle les Damnés et les Proscrits de James Clenmens qui m’attend et ensuite, je reprendrai la lecture de Dune de Herbert parce que ça fait bien 3-4 ans que je l’ai pas lu !

Sinon, en moins trivial en ce moment, j’essaie de me replonger dans mon nihongo no shoho, mon manuel de japonais pour tenter de passer prochainement au moins l’un des deux premiers niveaux du JLPT (Japanese Language Proefficiency Test – l’équivalent nippon du TOEIC ou du TOFFLE, je sais plus).


KMG : Allez, soyons cruels et posons la question à laquelle tu ne sauras pas répondre sans une intense introspection : quel est ton manga préféré ? Ta vraie référence ?

S. : Alors sans hésiter, Dragon Ball. Ce manga a posé les bases du shônen manga d’aventure (le nekketsu) et son influence se fait encore sentir dans les œuvres qui sortent 30 ans après. Le récit est impeccablement équilibré et le rythme soutenu. On fait souvent et à tort l’amalgame avec l’anime mais Dragon Ball ne souffre aucun défaut… au moins sur les 28 premiers tomes (jusqu’à la mort de Freezer). Les volumes suivants sont tout aussi impressionnants durant le Cell Game (le tome 34 est mon livre préféré, mon anneau unique) et même la saga de Buu, quand on sait quelle lassitude habitait Toriyama, c’est bluffant de voir la qualité du travail rendu malgré tout.


KMG: Qu’est-ce que tu regardes ?

S. : Au cinéma, je suis assez large public (plutôt que bon public) dans le sens où j’aime beaucoup de choses variées. Prochainement, j’attends Iron Man 2 évidemment et j’ai adoré Kick Ass. Grosse déception en revanche concernant Alice et le Choc des Titans, je n’y suis d’ailleurs même pas allé pour ce dernier du coup…

En série télé, difficile de faire l’impasse sur The Big Bang Theory, How I met you Mother et Desperate Housewives. Je viens de finir Spartacus Blood & Sand qui était divertissant et cette année, j’ai bien aimé Dead Set.

En anime, je ne mate quasiment que Fullmetal Alchemist : Brotherhood et je vais peut-être suivre Dance in the Vampire Bund dont j’ai bien aimé le début. Ce sera également une manière de soutenir Dybex, l’éditeur, dont la démarche est exemplaire : les épisodes sont disponibles une semaine après la diffusion japonaise, gratuitement en sous-titré sur Dailymotion !


KMG : Tu pensais qu’on en avait fini avec toi ? Non ! Soyons cruels une seconde fois : quel est ton anime préféré ?

S. : Mon voisin Totoro à égalité avec Porco Rosso. Deux animes fantastiques, où l’évasion est totale et aux musiques enivrantes.


KMG: Qu’est-ce que tu écoutes ?

S. : Que du vieux mais très différents : Michael Jackson (LE drame de l’année dernière selon moi), Renaud, G. Brassens, Madonna… ah si, en « récent », les Fatals Picards !


KMG: Quel est ton meilleur souvenir de geek ?

S. : Arf… j’hésite. La découverte de Enlightenment sur ma Redhat 4.51 ? Ma super NES achetée avec mon propre argent ? Non, sûrement la découverte de Street Fighter II dans un café près de mon lycée… Ah bah non, c’est pas geek ça en fait. Je crois que j’étais trop fier le jour où j’ai écrit mon premier jeu en basic, le nombre caché !

Niveau otakisme, ma rencontre avec Ichiro Mizuki (le chanteur aux mille génériques parmi lesquels Albator 78) fut un très très gros kif… c’est pourquoi je t’ai filé la photo souvenir en illustration de cet itw.



Et voilà la photo en question !


KMG: Nos lecteurs le savent, on adore terminer nos rencontres par un petit jeu. Chaque interviewé de Kiss My Geek possède un super pouvoir de geek. Par exemple, Oujiz peut se mettre AFK toutes les 2 secondes, que ce soit IRL ou IG ! Et toi, quel est ton pouvoir ?

Je crois que mon super pouvoir de la mort qui tue c’est qu’en me concentrant un peu, je peux ne parler qu’en citant du « Friends », François Perusse, Mozinor, les Nuls et « La Classe Américaine ». En fait, je me suis entrainé, entrainé et voilà… ça a l’air facile comme ça mais en fait c’est super difficile. Ouais, je sais… il est tout pourri mon pouvoir. Monde de merde !

En tout cas, merci pour m’avoir donné la parole (enfin le clavier) et désolé de l’avoir gardé un peu trop !


Le grain de pixel d’Eskarina :

Encore merci à Sebkun auprès de qui je m’excuse pour les soucis techniques que nous avons rencontré depuis hier sur le blog et qui ont compliqué la mise en ligne de cet article.


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4 Comments

  • Reply
    Darvania
    24 Avr 2010 1:52

    Que voilà une vie bien remplie et intéressante.
    Vivre de sa passion, ce n’est pas donné à tout le monde, heureux que certains y arrivent.
    On ressent quand même que Sebkun est un méga touche à tout et ça, ça gère.
    (En plus , c’est un Linuxien… donc c’est un bon :p)

  • Reply
    pepit0
    24 Avr 2010 10:06

    Un beau parcours qui peut en faire rêver plus d’un ça c’est sur.
    Une belle culture générale en tout cas pour comme cité plus haut, ce gars touche à tout.

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