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[Test] Aphelion

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Quand on est une amoureuse du jeu indé’ comme je peux l’être, le nom de DON’T NOD résonne toujours. Fort de ses premiers succès dans les années 2010, le studio s’est construit une réputation très solide. Et pourtant… Après son entrée en bourse en 2018 le Studio a connu de nombreuses tempêtes, quelques jeux à l’échec commercial retentissant pour cette « petite » structure et aboutissant, après le rachat de plus de 40% de ses parts par le géant chinois Tencent, sur des vagues de licenciement entre 2023 et 2025 et des dénonciations internes sur les burnouts de ses employés… Pas joli joli. Ses 3 derniers titres (Jusant, Banishers et Lost Records) réussissent pourtant, grâce à leur succès critique, à leur faire redresser la barre. C’est donc avec une attention particulière que j’attendais Aphelion, comme le titre qui pourrait transformer l’essai et nous prouver que DON’T NOD n’a pas dit son dernier mot.

Vous reprendrez bien un peu de dystopie écologique !

Aphelion est un jeu d’aventure et d’action narratif à la troisième personne, prenant place sur Persephone, une planète glacée et inconnue située aux confins du système solaire. Nous sommes en 2060 et, déjà, la Terre est devenue inhabitable. Trope de la dystopie SF oblige : l’humanité mise ses derniers espoirs sur la découverte de ce neuvième astre. (Pour une fois !) c’est l’agence spatiale européenne (ESA) qui est au cœur de l’histoire en envoyant la mission scientifique Hope‑01, composée de deux astronautes chevronnés, Ariane Montclair et Thomas Cross, qui seront chargés de confirmer tous les espoirs portés sur cette planète.

Mais l’aventure commence dans le chaos. Le vaisseau s’écrase lors de son atterrissage, séparant les deux membres de l’équipage sur cette planète hostile. Blessé, Thomas est laissé pour mort, tandis qu’Ariane se lance dans une course désespérée à travers des paysages gelés et instables, confrontée à des phénomènes altérant la réalité et à une menace tapie sous la glace. Seule, équipée de simples outils d’exploration (grappin, réservoir d’oxygène, etc.), elle doit survivre, retrouver son partenaire et comprendre ce qui se cache réellement sur Persephone, dernier espoir de l’humanité…

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(Apheli)On joue ! 

Le mystère autour de la disparition de Thomas perdure assez peu puisque, très rapidement, nous sommes amenés à jouer les deux personnages tour à tour et à progresser ainsi dans l’histoire avec chacun des points de vue.

Le jeu repose en grande partie sur des phases de plateforme assez basiques. On passe une grande partie de l’aventure à escalader des structures rocheuses ou glacées qui se ressemblent beaucoup, avec un gimmick central : le bouton X pour s’agripper à une paroi friable, sollicité jusqu’à l’épuisement. Ces phases deviennent malheureusement très vite très répétitives. Jusqu’à donner parfois l’impression de servir avant tout à étirer artificiellement la durée de vie. Heureusement, cela ne se fait pas trop au détriment du rythme narratif. Celui-ci se révèle dirigiste, avec des phases imposées dont certaines sont assez dispensables… surtout lorsqu’elles manquent de variété ou de précision. En effet j’ai enchaîné à certains moments les morts un peu frustrantes pour des raisons de bounding boxes pas claires, laissant sur mon visage une moue un peu crispée. Je m’en serais bien passée. On remerciera les points de sauvegarde fréquents, bien que leur placement soit inégal : certains passages plus « exigeants » (laissons les gros guillemets) étaient étonnamment mal dosés, ce qui m’a faite grincer des dents à plusieurs reprises.

Je ne peux pas non plus passer sous silence les quelques bugs bloquants dans les décors, peu nombreux mais suffisants pour avoir cassé mon immersion à quelques moments.

Accumulés, ces petits défauts finissent par hacher le rythme et affaiblir l’impact émotionnel de certaines séquences… C’est dommage, mais rien qui ne ternisse l’expérience globale ou, mieux, qui ne puisse être corrigé par un patch !

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Le scénario intrigue et fonctionne bien sur le plan émotionnel même si, comme je le disais plus haut, il s’appuie sur de nombreux tropes de la science‑fiction dont le fameux : « l’humanité est à l’agonie et cherche une nouvelle planète pour survivre ». Ou encore « ouille ouille ouille je n’ai plus d’oxygène ». Et l’indispensable « attention un extra-terrestre menaçant… mais est-il vraiment si méchant ? » Bien que l’exercice soit mené de façon tout à fait propre, il en est souvent très scolaire. Je comprends l’intention de garder un discours lisse et grand public pour préserver les ventes, mais cette absence de prise de risque de la part de DON’T NOD sur l’écriture me laisse quelques regrets quand on connaît leur palmarès sur ce sujet…

Concernant la relation entre Ariane et Thomas, c’est clairement l’un des moteurs du jeu. Leur passé commun, marqué par une relation laissée en suspens, apporte de la densité à l’écriture. Et leur lien devient peu à peu un véritable fil conducteur, une bouée de survie au milieu d’un monde qui leur est hostile et incompréhensible. Le gameplay presque asymétrique entre les deux protagonistes, quoi que peu original (là encore), est une idée intéressante qui apporte de l’épaisseur au scénario. On notera malgré tout que le concept aurait pu être davantage approfondi, les différences de jouabilité restant minimes.

Big up également à la mise en avant de l’ESA – ce qui nous change de la NASA – un choix rarement vu dans les productions du genre et qui contribue à l’identité du jeu !

Quant à la conclusion elle me laissera un léger goût d’inachevé : Aphelion n’ose pas entièrement assumer une fin plus amère et fataliste, ce qui aurait renforcé son originalité et la cohérence de son propos jusqu’au bout. Mais c’est dans la droite lignée de sa proposition un peu timide. J’ai du mal à leur en vouloir et j’en devine les raisons sans trop de peine…

Pas mal non ? C’est français !

S’il y a une chose qu’on ne peut pas retirer à Aphelion : c’est la réussite de son visuel. Les paysages de Persephone offrent de magnifiques panoramas malgré une palette dominée par la glace et le désert, un choix logique au regard du contexte narratif et des conditions extrêmes de la planète.

De même, la mo-cap et les animations subliment le jeu des acteurs très convaincants et participent pleinement à l’immersion.

Quant à la musique, elle m’a fait découvrir le travail du compositeur de cinéma franco-tunisien Amine Bouhafa (Timbuktu, Gagarine) et vient agrémenter de façon sobre mais efficace l’ambiance mélancolique et oppressante de l’aventure. Une jolie surprise !

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D’Aphelion je retiendrai surtout son ambiance, sa direction artistique convaincante et une écriture timide mais au niveau (minimum) qu’on peut attendre du Studio. Malheureusement, ça n’est pas toujours mis en valeur par des phases de plateforme trop répétitives et parfois imprécises… Pour autant il s’en sort bien et son rythme n’en pâtit pas trop, tout comme la frustration liée à ses imprécisions qui reste relative. Ce double A de SF narratif aurait gagné à mieux calibrer son gameplay, ce qui n’en fera probablement pas un titre fort de 2026 ni un jeu qui marquera la ludographie du Studio mais… pour un peu moins de 40€ et une demie douzaine d’heures de jeu il reste une proposition honnête au vu du contexte actuel de DON’T NOD.

Après Jusant qui m’avait transportée et Banishers que j’avais adoré, Aphelion reste assez lisse. La réalisation soignée et sans grosse prise de risque lui assurera, je l’espère, une jolie sortie, notamment sur le Game Pass. Croisons les doigts pour que ça aide le groupe à poursuivre aussi sereinement que possible sa transformation et sa remontée de la pente (qui devrait être boostée par son projet Netflix à venir)… Et en espérant découvrir d’ici un an ou deux un nouveau jeu avec davantage de personnalité, comme nous y étions habitués avec leurs premiers titres… qui sait ?

On a aimé :

  • L’écriture des personnages
  • La musique
  • La difficulté bien dosée pour un jeu narratif, finalement peu de frustrations (malgré quelques passages involontairement crispants)

On aime moins :

  • L’absence de prises de risques sur un titre qui reprend timidement les tropes du genre, en plus de rester très politiquement correct
  • Se rattraper au rebord systématiquement dans les phases d’escalade…
  • Quelques imprécisions de gameplay

Sortez le porte-monnaie si :

  • Vous êtes un.e habitué.e des productions DON’T NOD
  • Vous cherchez un jeu narratif court
  • La SF écolo dystopique un peu naïve ne vous dérange pas

Rangez-le si :

  • Vous voulez une histoire qui vous retourne le cerveau et porte un discours politique fort
  • Vous ne supportez pas les bounding boxes approximatives
  • Vous cherchez du contenu pour vous occuper sur plusieurs dizaines d’heures

Aphelion – DON’T NOD

PC, Xbox Series X/S (Game Pass), PS5

À partir de 39,99€

Test réalisé sur PS5 grâce à une version fournie par l’éditeur

Ni pour ni contre (bien au contraire)

Un double AA plutôt réussi et sans grosses prises de risques : on regrettera peut-être son manque de personnalité mais on souhaitera surtout que cela l'aide à plaire au plus grand nombre, et à ainsi stabiliser l'avenir du Studio... Longue vie à DON'T NOD !

7
Note finale:
7

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