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[Test] Cyberpunk 2077

Cyberpunk 2077

Quatre mois après tout le monde et 60 heures de jeu plus tard : je profite d’avoir pu en parler dans le dernier Super Gamerside pour vous livrer mes impressions écrites sur Cyberpunk 2077. Mais si, vous savez : « le » jeu de CD Projekt Red suuuuper attendu de 2020 qui a été repoussé 47 fois et qui s’est ramassé une grosse claque dans la gueule de la part des critiques à sa sortie. Et ce pour toutes les raisons que l’on connaît mais sur lesquelles je ne m’étendrai pas tout de suite parce qu’on en a déjà entendu parler partout. Et surtout parce que moi, au final, ce qui m’intéresse et ce dont je veux vous parler : c’est le jeu.

Cybergenèse

Cyberpunk 2077 se passe sur Terre en… 2077. Dans cette vision dystopique du futur, c’est bien évidemment la merde à l’échelle Wall-E : la planète est devenue une décharge géante, désertique, pleine de cols blancs avides de pouvoirs (les “Corpos”), de punks à ienchs cybernétiques (les “Street kids”), et de nombreux gangs, certains s’étant exilés dans le désert sous forme de familles, genre Lopez du futur (les “Nomades”).

Mais rappelons d’abord ce que c’est “Cyberpunk” : avant de devenir un “genre” c’était un jeu de rôle sur table dans un univers de science-fiction créé par Mike Pondsmith à la fin des années 80’. Dans l’univers futuriste qu’il crée, les maîtres du monde sont les hackers qui peuvent se connecter au réseau de communication omniprésent partout et en chacun. En effet la particularité de ce futur dystopique c’est que les gens sont hyperconnectés, truffés d’implants cybernétiques et que le monde n’est plus dirigé par des gouvernements mais pas des mégacorporations (avec son lot de corruption, de lobbys…). C’est une vision sombre du transhumanisme et de la SF qui a été beaucoup exploitée avant et après, notamment avec des œuvres comme Neuromancien, Blade Runner, Akira, Ghost in the Shell, Altered Carbon, Judge Dredd, Deus Ex… et bien d’autres.

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Il faut donc imaginer un univers très cracra avec des néons partout de toutes les couleurs, des implants cybernétiques à foison et beaucoup de violence. Un mix entre le futuriste et le kitsch (merci les années 80’). Imaginez que demain AstraZeneca prenne le pouvoir au niveau mondial, que tout le monde se mette à se fringuer et à se coiffer comme Billie Eillish, à écouter du Carpenter Brut en boucle et à vivre dans des quartiers qui n’ont rien à jalouser au Mirail.

Night City vas pas, j’y vais

Dans C2077 l’action se déroule dans la mégalopole de Night City (en Californie) et vous allez donc devoir choisir si vous incarnez un Corpo, un Street Kid ou un Nomade. Selon votre choix, le début du jeu différera (pendant une heure environ) mais la suite sera la même pour tout le monde, hormis quelques options de dialogues supplémentaires. C’est le principe du jeu de rôle : vous allez pouvoir influer à plus ou moins grande échelle sur l’histoire du jeu. Ce sera d’ailleurs plutôt « moins » que « plus » dans C2077 qui se révèle avoir un scénario avec peu d’embranchements. Enfin, bien sûr, il y a des romances avec les personnages secondaires, l’une des marques de fabrique des RPG occidentaux mordernes reprise ici par CD Projekt Red.

Et là vous allez me demander : mais du coup Keanu Reeves dans tout ça ? Il incarne Johnny Silverhand, l’un des personnages phare de la licence Cyberpunk. Johnny est la caricature de la rock star sur le déclin qui a mal tourné (alcool, drogue, scandales…). Pour couronner le tout, il s’est fait descendre lors d’une action anti-corporation qu’il avait menée avec un groupe de militants. Il entre dans l’histoire de façon assez percutante : votre personnage, V., se retrouve en effet à faire un casse qui va mal tourner. Dans un dernier acte d’improvisation, vous vous branchez un genre de clé USB dans le crâne qui va vous sauver d’une balle dans la tête mais… vous télécharger la personnalité “fantôme” de Johnny.

Votre objectif va alors être de vous en débarrasser puisque vous vous rendez compte que sa personnalité agit comme un virus : elle se répand et remplace peu à peu la vôtre.

Quant à l’intérêt de Keanu Reeves ? À mes yeux, purement marketing. Me concernant j’ai trouvé qu’il ne collait pas au personnage, il a à mes yeux une image de mec trop propre sur lui pour incarner quelqu’un comme Johnny Silverhand… 

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L’immersion à 2077%

L’une des plus grosses originalités du titre est qu’il propose un gameplay à 100% en vue subjective, ce qui provoque une immersion optimale. Ce parti pris est mené jusqu’au bout puisque même les “cinématiques” restent en vue à la première personne. Et le résultat est plutôt réussi !

Côté système de combat et de compétences, malheureusement on tombe d’assez haut avec un FPS vraiment basique. On est sur une recette très classique avec des armes à looter / crafter et des dégâts à booster pour certains types d’armes. La seule petite coquetterie concerne les améliorations originales qu’on peut avoir sur ses armes à feu et qui peuvent par exemple balancer des balles à tête chercheuse, ou des balles qui ne viseront que la tête, etc.

Le titre va davantage se démarquer sur les compétences et pouvoirs que vous pouvez débloquer. On retrouve notamment des compétences de hacking qui vous permettent par exemple d’aveugler vos ennemis, de les retourner contre leurs alliés, etc. Malheureusement ça ne va pas beaucoup plus loin et c’est dommage parce que j’aurais bien aimé qu’on ait d’autres types de pouvoirs, comme ceux croisés sur certains ennemis du jeu, notamment des pouvoirs de rapidité, etc. Trop difficile à intégrer au gameplay ? Peut-être, même si on imagine plein de solutions possibles… En dehors du combat vous pourrez également apprendre d’autres compétences qui vous permettront d’agir sur votre environnement. Entre autres pour du craft ou du hacking (désactiver des caméras de surveillance, faire déconner un appareil électrique pour attirer les ennemis, retourner les tourelles contre les ennemis, etc.).

BCes éléments sont mis au service des multiples quêtes proposées et que vous pourrez presque toujours aborder en choisissant la manière forte ou l’infiltration. Ne vous attendez toutefois pas à de l’infiltration de haut niveau, notamment à cause d’une IA aux fraises. Mais si vous ne voulez pas tirer dans le tas en permanence, vous pouvez tout à fait accomplir vos objectifs de façon non létale (à quelques exceptions près). On salue donc l’existence de l’option bien qu’on soit loin d’un Dishonored ou même d’un Deus Ex dans la maestria de la mise en pratique…

Vous l’aurez compris : le tout accouche d’un FPS moyen, assez “lourd” et pas très subtil (aucun système de cover par exemple), et d’un système d’infiltration indigent. En quelques mots : on ne retiendra pas C2077 pour ses phases de combats…

Pour en finir avec le sujet de  l’immersion : elle est renforcée par une bande-son presque tout le temps diégétique, tout à fait cohérente avec la vue à la première personne. Que ce soit à travers les radios, dans la rue, les ascenseurs, les véhicules… Il y en a pour tous les goûts mais c’est du bon boulot : techno, synthwave, gros métal qui tâche, chaînes info… Là non plus rien de bien original mais on appréciera le travail de composition avec certains morceaux qui restent bien en tête (Will never fade awayyyyy).

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Loot camp

CD Projekt Red est un studio avec assez de bouteille pour qu’on se permette d’être exigeants sur le gameplay. Et comme vous l’avez vu : sur ce point on a été déçu. Autre facette sur laquelle les polonais ne semblent pas avoir pris de la bouteille : leurs interfaces. Fouillies, pas toujours évidentes à comprendre, sans parler d’un système d’arbre de compétences ou encore un inventaire qui manquent de clarté (un triste héritage de The Witcher), le tout couronné par un système de loot peu lisible… C2077 fait figure d’amateur sur des aspects qui semblent pourtant basiques et indispensables à un AAA digne de ce nom.

Il y a deux inventaires à gérer pour votre personnage : un « classique » pour votre équipement et un autre pour tous vos implants cybernétiques. Ces implants vous permettent tout simplement d’améliorer votre enveloppe charnelle. Pour ce faire, il va vous falloir consulter un charcudoc qui va vous “augmenter” avec des implants. Ceux-ci ont un impact direct sur la jouabilité puisqu’ils vous permettent par exemple de sauter plus haut, de taper plus fort, d’avoir plus de force, vous pouvez même vous implanter des griffes à la Wolverine… Ce petit ajout fun n’en est pas moins indispensable pour coller à l’univers ! Côté tenues ne vous attendez pas à avoir un personnage toujours classe : la plupart d’entre elles sont complètement déglingos et kitsch, le tout pour des résultats souvent amusants…

Mais alors : tout serait moyen et râté dans ce jeu ?!

Non : je vous parlais des tenues, parlons du chara design qui est très chouette. Les personnages secondaires ont de la gueule et une histoire personnelle souvent intéressante, parfois même touchante… Plus globalement, il faut saluer l’écriture du jeu, ainsi que la cohérence globale de l’univers visuel et scénaristique du titre.

Quant au level design, lui aussi c’est une véritable réussite. Chaque quartier de Night City a son histoire, ses autochtones, ses caractéristiques. On a vraiment l’impression d’évoluer dans un monde où chaque rue est unique (elles le sont peut-être vraiment, d’ailleurs ?). Un travail de fourmi qui impose l’admiration… Outre la ville étouffante, il y a des extérieurs aussi, de grandes étendues désertiques qui grouillent de détails et de surprises, de quêtes cachées…

Pour parcourir tous ces kilomètres vous allez pouvoir poser les paluches sur des dizaines de véhicules différents. Malheureusement, là aussi CD Projekt Red pèche en proposant une conduite digne du Mako dans Mass Effect 1… Bien qu’on finisse pas s’y habituer, on trouvera plutôt son plaisir dans la conduite de motos / voitures qui en jettent grave et qui oscillent entre le kitsch style années 80 moche et l’ultra futuriste.

Finalement, C2077 est plus proche d’un GTA que d’un The Witcher : Night City est le véritable personnage central du jeu et regorge d’activités. Elle est peuplée de figures hautes en couleurs qui vous en feront découvrir les moindres recoins, certains splendides, d’autres très glauques mais toujours surprenants…

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Si l’on ne retiendra pas Cyberpunk pour sa jouabilité, on saluera toutefois sa qualité d’écriture, notamment autour de ses personnages.

Impardonnable sur l’aspect amateur de sa jouabilité et de son interface, le titre n’en reste pas moins très généreux sur plein d’aspects. Chaque quête est écrite, même la petite mission secondaire de troisième zone. Toujours : une histoire, un contexte, un écrit qui traîne sur un perso et que l’on peut lire pour comprendre les restes d’une scène sous nos yeux. Le travail est colossal et force le respect, surtout quand tout est traduit, bien sûr, mais surtout doublé en français ! On vous laisse imaginer le temps et le budget que ça a représenté… On ne peut pas jouer à C2077 sans ressentir l’amour sincère qui a été mis dans sa réalisation, et qui ne mettent que plus en lumière les trous béants de son exécution, sans aucun doute imposés par des délais peu réalistes en comparaison de son ambition…

Je ne peux bien évidemment pas conclure ce test sans parler de ce qui a été le plus reproché à C2077 : ses bugs et ses problèmes techniques. Il faut savoir que j’ai réussi à y jouer sur mon PC avec une 970 sans beaucoup de problèmes : OK ça n’était pas très beau mais “ça passait quand même” et je n’ai quasiment pas eu de soucis de ralentissement, aucun crash, etc. Donc ne croyez pas qu’il vous faille une machine de guerre pour faire tourner le jeu. Côté bugs il faut avouer que j’en ai eu une petite pelletée au début, puis ça s’est calmé (certainement grâce aux patchs). Certains bugs étaient bloquants, d’autres juste esthétiques (comme des problèmes de collisions, des textures qui se chargent mal, etc.)… Néanmoins ça ne m’a JAMAIS empêchée de jouer ou ruiné une sauvegarde : il y avait toujours une façon de s’en sortir. Les sauvegardes automatiques récurrentes et Google m’ont bien aidée là-dessus. Si j’y avais joué sur PS4 j’aurais sûrement un tout autre discours bien sûr : mais sur PC les bugs ne sont vraiment pas ce que je retiendrai des soixante heures que j’ai passées in game…

Le constat est simple : si tous les défauts dont j’ai égrainé la liste au fur et à mesure de ce test m’avaient gâché l’expérience, je n’aurais pas terminé le jeu avec sa quête principale et toutes ses quêtes secondaires… Je vous parlais de générosité : à en croire HowLongToBeat il faudra passer une centaine d’heures sur le titre pour le finir à 100%, toutes quêtes Fedex incluses. Je pourrais vous dire qu’avec des missions de remplissage c’est facile de bourrer un jeu avec 100 heures de contenu : mais force est de constater que CD Projekt Red a doté chaque minute de son titre d’une écriture loin d’être fauchée.

Au final j’ai donc bien (bien) kiffé : C2077 n’est certes pas le jeu révolutionnaire que l’on pouvait attendreC’est buggé, souvent maladroit dans sa jouabilité, imparfait dans ses interfaces : des défauts qu’on a du mal à pardonner à un jeu de cette ampleur qui devrait être exemplaire sur ce sujet. Mais c’est un titre généreux, bien écrit, avec un univers très cohérent, doté de quelques mécaniques originales. Et au final la cyber-magie opère : on se plonge dans l’histoire de Night City où l’on passe des dizaines d’heures sans problème… Alors certes, le studio n’a pas été réglo avec sa façon de communiquer. Mais quelque part, n’est-ce aussi pas notre responsabilité de nous hyper aussi facilement et de préco sur du vent ? Le tort qu’on ne peut pas leur nier est sans aucun doute le portage console old gen qu’ils n’auraient jamais dû accepter de faire en l’état (la faute aux investisseurs ?). Pour le reste, C2077 est très certainement une déception et pas le meilleur jeu de 2020 / 2021, mais c’est loin d’être la daube honteuse telle que certains ont pu le crier.

Si vous recherchez un bon RPG dans un univers Cyberpunk, le dernier né de CD Projekt Red reste une référence. Il sera moins bon sur le gameplay qu’un Deus Ex, mais bien meilleur sur l’écriture. Si vous aimez le genre et le type d’univers : ne passez pas à côté.

On a aimé :

  • L’écriture
  • L’univers
  • Le level design

On a moins aimé :

  • L’amateurisme (interfaces, jouabilité, bugs…)
  • Keanu Reeves

Craquez vos PO si :

  • Vous voulez vous mettre un RPG de 60 heures sous la dent
  • Vous aimez les univers cyberpunks
  • Vous voulez vous faire votre propre avis après tous ces avis contradictoires entendus sur le jeu

Quittez la partie si :

  • Vous cherchez la perfection et ne pardonnerez rien à ce jeu qui nous a été vendu comme le titre de la décennie
  • Vous préférez passer 60 heures sur des titres auxquels on a beaucoup moins de reproches à faire (et sur Kiss My Geek on vous en conseille plein !)

Cyberpunk 2077 – CD Projekt Red

PlayStation 4 / PlayStation 5 / Xbox One / Xbox Series / PC / Stadia

60€

Cyberpunk is not dead

Ni le jeu révolutionnaire qu'on attendait, ni la daube énorme telle qu'on a pu l'entendre : Cyberpunk 2077 est un mauvais FPS dont les faiblesses de gameplay sont gommées par un contenu généreux et une écriture de grande qualité. Et n'est-ce pas avant tout les qualités que l'on attend d'un RPG ?

7
Note finale:
7

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