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[Flashback] Prey

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Technologie extraterrestre, aliens belliqueux, armes lourdes et FPS sous stéroïdes: telle est la recette du bonheur. C’est de ces ingrédients qu’est né Prey puis, tel le Messie, retrouvé mort et re-né. Bref, Prey c’est une longue histoire de religion. En citant Magritte, ceci n’est pas un article sur Prey.

Pour ceux qui n’y ont jamais joué (faites-le!), Prey est un FPS sorti sur PC et Xbox 360 en 2006. Le propos: alors que le jeune Cherokee Domasi, alias Tommy, picole gentiment dans le bar de la réserve, il se fait agresser par deux patriotes américains. Ce n’est pourtant qu’après avoir refroidi les deux comparses à coup de clé à molette que les ennuis commencent. Le bar, la serveuse et Domasi sont aspirés dans les airs par une soucoupe volante. Prisonnier du vaisseau, les intentions de ces visiteurs de l’espace sont très explicites lorsque le sang commence à couler. Domasi fera alors tout son possible pour sauver la serveuse, son grand-père et accessoirement la Terre d’une mort certaine.

Prey screenshot 1

Development hell: round 1

Prey, avant d’être le blockbuster d’Arkane Studios et Bethesda Softworks de mai 2017, c’est ce jeu dont le destin fut des plus chaotiques. Et pour moi, un grand coup de coeur il y a 10 ans. A l’époque, il sortait des fourneaux de Human Head Studios, sous la direction experte de 3D Realms à qui l’on doit notamment les Duke Nukem. Human Head Studios était alors le père de Rune, une série dont je ne pourrai rien dire car absent de ma ludothèque. Et Prey fut un succès, supporté par la critique, sorti après presque 10 ans d’un développement sans fin pour 3D Realms.

Débuté en 1995, le projet Prey de 3D Realms se dévoile à l’E3 1998 à travers un trailer prometteur, concurrencé dans son genre cette année-là par Duke Nukem Forever.

Au menu se trouve déjà les portails qui ont fait le succès du gameplay de Prey en 2006 et que l’on retrouve au coeur du concept de Portal l’année suivante. Et à l’image de Duke Nukem Forever, Prey entre rapidement dans le Development Hell (un concept bien connu des gamers dont j’ai découvert la page Wikipédia  ce matin). Arrêté, repensé puis repris, Prey reprend vie avec Human Head Studios sous le moteur id Tech 4 de Doom 3. Et le résultat, touchant au but après 10 ans de développement, se dévoile à l’E3 en 2005 puis en 2006, année de sortie.

 

Lotka-Voltera

Et la magie Prey opère. L’ambiance glauque et industrielle du vaisseau alien se dévoile au fil de la progression, entre salles de torture ou d’expérimentations humaines. Le gameplay repose sur deux piliers qui rendent le level design exemplaire. D’un côté, les portails orange et bleu à la forme étrangement identique à ceux de Portal, qui permettent au joueur de passer d’un lieu à un autre en un clin d’oeil, et aux ennemis d’apparaître à n’importe quel moment. De l’autre côté, les changements du sens de gravité qui s’opèrent par simple tir sur un interrupteur dédié. Le joueur passe du sol au plafond, marche sur les murs afin de progresser dans le vaisseau. La combinaison de ces deux points donne des séquences de gameplay particulièrement travaillées.

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Et par-dessus tout cela, l’aspect mystique de Prey. Car dans le jeu de mot du titre se cache également l’une des facettes principales du jeu: la spiritualité Cherokee prend vie lorsque le personnage prend conscience de son esprit. Il peut ainsi quitter son corps pour atteindre des lieux inaccessibles par son être physique. De même, la mort physique n’existe plus. Au traditionnel « Game Over » se substitue une phase de combat spirituel. Sorte de mini-jeu, l’esprit de Domasi doit vaincre des créatures volantes afin de regagner un maximum de points de vie avant de ressusciter à l’endroit même où son corps était tombé.

Prey, c’est donc le contraste saisissant entre la tradition ancestrale Cherokee et sa mythologie, personnifiée par le grand-père de Domasi qui vous suivra une grande partie de l’aventure, et l’invasion alien à grande échelle représentée par La Sphère, le vaisseau mère futuriste et gigantesque dans lequel le joueur évolue. Les deux mondes se rencontrent et s’entrechoquent avec brio, et les joueurs n’attendent alors qu’une suite à ce Prey de 2006.

Prey screenshot 2

Retour en enfer

Et la suite est annoncée seulement quelques mois après la sortie du premier opus. Prey 2 reprendrait l’histoire là où le premier l’avait laissé, avec un Domasi en sauveur de l’humanité (11 ans, il y a prescription pour le spoil !). Mais le développement du jeu met du temps à être lancé, Human Head Studios ne débutant le travail de réflexion qu’en 2009 suite aux différents changements d’éditeurs, Bethesda récupérant finalement les droits en 2011. Le concept est alors complètement revu et Domasi laisse place à un chasseur de prime évoluant dans un open-world alien. De cette suite, il ne reste que le trailer de l’E3 de 2012.

Pour la seconde fois, Prey tombe dans le development hell. Prey 2 sera finalement officiellement annulé en 2014 par Bethesda, 8 ans après l’annonce de sa sortie possible. Une suite attendue par les fans du premier opus, oubliée dans les méandres du développement comme bon nombre d’autres grands noms du jeu vidéo. Jusqu’à ce que Prey revienne par la petite porte lors de la présentation de Bethesda à l’E3 2016.

Syndrôme de l’oubli

Et la question se pose alors pour ceux qui, comme moi, ont connu Prey en 2006: quel est le rapport, le lien entre ce nouveau Prey futuriste d’Arkane, et celui de Human Head? La réponse est donnée par Raphaël Colantonio, l’un des fondateurs d’Arkane Studios à qui l’on doit la série Dishonored. Selon lui, Prey n’est ni une suite, ni un remake, et n’a aucun lien avec le Prey original. Alors pourquoi utiliser le nom d’une licence déjà existante? Pourquoi prendre le pari de jouer sur l’ambiguïté?

Tout d’abord il est difficile de trouver un nom pour un jeu vidéo, et Prey est un bon nom, il sonne bien. Je pense que l’association que les gens font avec Prey, c’est que cela parle d’aliens sur une station spatiale, et que c’est un FPS.

C’est de ces mots que j’ai hâtivement traduits que Colantonio enterre le rêve de 2006, mon rêve (et le vôtre, j’ose le croire), de voir un jour Prey obtenir une suite. Fini le Cherokee enlevé par des aliens, le nouveau protagoniste s’appelle désormais Morgan Yu, scientifique sur la station spatiale Talos 1 en proie à une invasion alien. Fini les portails et jeux de gravité, ce nouveau Prey met notamment l’accent sur la capacité à se transformer en n’importe quel objet de la station. Conclusion: Prey est mort, vive Prey?

Alors pourquoi écrire cet article bien long pour terminer par une conclusion en queue de poisson? Parceque Prey est peut-être l’un des spécimens d’un mal sournois: celui des reboots qui n’en sont pas vraiment, des suites qui n’en sont plus tout à fait, et des jeux qui surfent sur la popularité d’un nom. Verrons-nous d’autres licences oubliées ressurgir chez les éditeurs, complètement remaniées et réinventées? Déjà en 2015, EA DICE sortait Star Wars Battlefront, faisant oublier par son titre que deux jeux étaient déjà sortis par Pandemic sur cette licence en 2004 et 2005 (et deux autres jeux sur consoles portables). D’ailleurs, en se replongeant dans ces jeux originaux, on découvre plus facilement les défauts des nouveaux opus.

Espérons alors que ce nouveau Prey sera à la hauteur de son nom et de son héritage. La réponse le 5 mai, lors de la sortie du jeu. D’ici là, sachez qu’une démo jouable est prévue pour ce 27 avril… Selon vous, Prey est-il un Prey?

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