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[Critique] Thor: Ragnarok ou quand Marvel tourne en rond

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Le Dieu du Tonnerre revient pour une troisième fois au cinéma avec pour objectif de donner une véritable dimension à une saga qui n’a jamais vraiment su trouver sa tonalité. Alors, pari gagné pour Marvel et son Thor: Ragnarok ?

En sortant un troisième film en 2017, on se demande ce qui pourrait arrêter Marvel Studios d’imprimer des billets par million à force d’enchaîner succès critiques et populaires. Et pourtant, l’on a vite fait d’oublier que le studio traîne une licence dont il n’a jamais vraiment su quoi faire, celle de Thor. Après un premier film correct réalisé par Kenneth Branagh puisant dans les thématiques Shakespeariennes, le grand blond s’était retrouvé dans Le Monde des Ténèbres, un épisode lambda réalisé par Alan Taylor, vite vu et vite oublié. L’objectif était clair, le troisième film devait enfin donner une véritable tonalité à la saga. Et pour cela, Marvel Studios a engagé Taika Waititi, ramené Hulk en renfort et s’est inspiré de deux des arcs de comics les plus appréciés des fans, Ragnarok et Planet Hulk. Qu’est-ce qui pouvait mal tourner ? En fait, c’était de choisir l’issu de facilité, et c’est à mon sens ce dans quoi Marvel Studios et Waititi se sont embourbés.

Après les événements d’Avengers : L’Ère d’Ultron, Thor se retrouve emprisonné à l’autre bout de l’univers sans son marteau, et est lancé dans une course contre la montre afin de revenir chez lui et d’empêcher le Ragnarok – la destruction de sa planète et de sa civilisation – dirigé par une nouvelle menace surpuissante, la terrible Hela. Mais il devra d’abord survivre à un combat de gladiateurs qui lui fera affronter son ancien allié : Hulk.

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Après visionnage du film, le principal sentiment qui ressort est que Marvel a finalement décidé de ne lui donner aucune identité. Ou plutôt, de le rattacher à l’existant. Et l’existant, c’est l’univers cosmique complètement barré du Marvel Cinematic Universe instauré par Les Gardiens de la Galaxie. Ce qui s’avérait au départ une bonne idée pour faire passer la pilule au grand public, sûrement pas préparé à voir une équipe avec un raton-laveur et un arbre qui parlent, commençait déjà à montrer ses limites dans le deuxième épisode de James Gunn. Ici, le constat s’aggrave, cette idée ne s’applique pas à toutes les histoires, à tous les personnages et à tous les contextes, ou alors avec parcimonie. Et Taika Waititi n’en a pas usé de beaucoup.

Cela fera grincer les dents des puristes, Thor: Ragnarok ne se prend pas au sérieux, pas une seconde. Il n’y a pas une scène sans une vanne ou un gag visuel. Il n’y a pas une seule scène qui nous fasse nous inquiéter sur la gravité de la situation. Cette disparité entre le fond et la forme, le contexte et la manière dont il est résolu, empêche de réellement apprécier les enjeux, à tel point que l’on vient à se demander si le film lui même s’en soucie. Chaque bribe d’éléments potentiellement dramatiques est évincée au plus vite par une blague de plus ou moins bon goût, et tant pis pour les morts, on les pleurera sûrement dans un prochain film, puisque tout le monde a l’air de s’en foutre. Et c’est réellement dommage, parce qu’en ayant trouvé le bon dosage entre humour, scènes d’action et enjeux que l’on puisse apprécier, le film aurait pu proposer quelque chose de réellement détonnant. En somme, on retrouve ici la recette Marvel Studios utilisée à outrance et c’est à mon sens extrêmement problématique, puisqu’il en ressort un film complètement dénué de sentiment, quasi déshumanisé. Oh bien sûr on ri beaucoup, au début du film. Et puis on comprend très vite le stratagème, et l’on ri moins, parce que l’on finit par se demander si le film à autre chose à nous montrer, surtout quand il commence à faire de l’humour un peu gras, ce dont Marvel ne nous avait pas habitué. Soyons d’accord, je n’ai rien contre l’humour Marvel, j’en suis même friand, mais il ne doit pas être au dépend de l’histoire et des enjeux.

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Autre chose à montrer ? Bien évidemment, comme tout bon film de super-héros actuel, vous aurez votre dose de scènes d’action. Le petit soucis étant qu’il n’y en a que très peu de mémorables, hormis le dantesque combat de gladiateur qui restera à mon sens dans les annales. Le reste s’avère convenu, presque déjà vu, même si toujours aussi plaisant à regarder malgré un montage ne permettant pas de profiter à fond des images proposées.

Et pourtant, tout était réuni pour faire un très chouette film. Le casting s’en sort à merveille et semble s’être éclaté sur le tournage. Les nouveaux venus rayonnent, Jeff Goldblum est irrésistible en dictateur décalé, Cate Blanchett incarne superbement la première super-vilaine du MCU, malgré une nouvelle fois la présence du syndrome du méchant basique, et Tessa Thompson campe une Valkyrie convaincante. On ne reviendra pas sur Chris Hemsworth et Tom Hiddleston, qui étaient nés pour les rôles de Thor et Loki, pour saluer l’introduction de Mark Ruffalo à la licence qui ajoute une véritable dynamique à l’ensemble. Evidemment, on est loin du buddy movie promis, mais sa présence s’avère rafraîchissante. La direction artistique est un autre point fort du film qui mérite d’être salué. Univers cosmique oblige, Thor: Ragnarok est coloré, flashy, avec une grosse inspiration années 80, que ce soit dans les costumes ou les décors qui fourmillent de détails. On reprochait souvent aux films Marvel Studios d’être trop ternes, voilà qui devrait calmer les détracteurs. Cet aspect retro est soutenu par une bande originale mêlant les habituels orchestres à des sonorités synthwave qui, si elle ne rentre pas forcément en tête, s’allie plutôt bien au côté punchy du film de Waititi.

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En bref

Thor: Ragnarok est la quintessence du film pop-corn qui alimentera pendant des années les principaux détracteurs de Marvel Studios. L’utilisation de l’humour, du fun, du visuel badass à outrance détruit la moindre possibilité dramatique et amoindrit considérablement des enjeux que l’on finit par oublier. Alors oui, c’est diablement beau, on ne s’ennuie pas, on rigole un paquet de fois – et on laisse un paquet de vannes de côté, aussi -, la symbiose Thor/Hulk fonctionne incroyablement bien, l’ambiance années 80 renforce une direction artistique ultra détaillée, mais à aucun moment on ne se sent impliqué par quoi que ce soit. Le meilleur de la saga, à n’en point douter, mais toujours loin des tenors de la famille Marvel. 

Hyperactif

En privilégiant l'humour aux enjeux, Thor: Ragnarok nous coupe de toute implication pour l'histoire en enlevant toute possibilité dramatique à un contexte qui méritait mieux que ça. Pourtant, grâce à son génial casting, sa direction artistique à couper le souffle et ses bonnes scènes d'action, Thor: Ragnarok parvient tout de même à supplanter ses prédécesseurs, tout en restant loin des meilleurs du MCU.

6.5
Note finale:
6.5

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