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[Critique] Colossal

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Pour vous dire à quel point le film que je m’apprête à critiquer a eu peu de publicité en France, il n’y a que dans le métro londonien que j’en ai entendu parler (il faut dire qu’il ne sort pas en salles mais uniquement en e-vidéo dans nos contrées)… On va donc parler aujourd’hui d’un film probablement passé sous votre radar avec pourtant trois acteurs relativement connus, à commencer par Anne Hathaway. Est-ce que le film souffre du même syndrôme que The Circle ? On va voir ça tout de suite. Dirigeons-nous vers les USA et vers la Corée pour le film de monstre un peu bizarre du jour : Colossal de Nacho Vigalondo.

Gloria (Anne Hathaway) est une trentenaire accro à la fête vivant à New York, constamment sous l’effet de l’alcool. Un matin, son petit-ami Tim (Dan Stevens, vu dans Legion et Beauty & The Beast), exaspéré de la voir passer sa vie à boire et à sortir toute la nuit plutôt qu’à chercher un boulot, la met à la porte. Gloria se retrouve alors contrainte de retourner dans sa petite ville natale où elle retrouve Oscar (Jason Sudeikis, vu dans We’re The Millers et les films Horrible Bosses), un ami d’enfance. S’il lui offre un job de serveuse dans son bar, il s’avère rapidement qu’Oscar a également un penchant pour la bouteille et les deux amis satisfont donc leur soif ensemble avec deux amis de notre pseudo-héros rural. Un jour, alors que Gloria désaoûle devant le poste de télévision, elle s’aperçoit non seulement qu’un monstre colossal (genre kaiju) sème la terreur à Séoul (en Corée du Sud pour les plus mauvais en géographie) mais surtout que ledit monstre semble reproduire les gestes de notre héroïne, comme si elle le commandait à distance. Quel est donc le lien entre elle et ce titan ?

Oh un gros monstre ! Ca donne envie, hein ? Ben en vrai on s'en fout un peu du monstre dans le film...
Oh un gros monstre ! Ca donne envie, hein ? Ben en vrai on s’en fout un peu du monstre dans le film…

Un film déjanté ?

Si on résume Colossal, ça donne « c’est une fêtarde alcoolique qui contrôle à distance un gros monstre qui détruit Séoul ». Avouez que ça donne envie ! On s’attend à un film génialement débile comme il en existe des tonnes en Asie. Genre Collective Invention (Dol-yeon-byeon-i dans sa version originale coréenne) dont le pitch est littéralement qu’un homme se transforme en poisson après une expérience. Un La Mouche moderne à la sauce coréenne en somme, qui vous arrache autant de rires que de larmes. Autant vous dire que c’est fou (d’ailleurs, si vous aimez les films bizarres, foncez !). Pourtant, Colossal n’est pas ce film déjanté que l’on espérait. C’est un mélange de comédie romantique, de thriller psychologique et de film de monstre. En soi, ce n’est pas un mal. On a là un mélange des genres assez rare qui peut donner quelque chose de très intéressant.

La question est donc de savoir si le mélange prend et autant vous le dire tout de suite : non. Il faut tout d’abord noter que le passage d’un registre à l’autre ne se fait jamais de façon fluide. Tout semble artificiel et c’est assez déstabilisant. De plus, chacun de ces registres n’est qu’au mieux survolé sinon complètement raté. On comprend assez vite qu’il faut oublier la possibilité d’un film fou et embrasser Colossal pour ce qu’il est, une parabole bancale et pataude. Les monstres (oui, on va y venir, il y en a deux) ne servent que de métaphore et de McGuffin, un double rôle qui, au final, dessert le film tant la ficelle est grosse. Une fois qu’on a compris leur rôle, on assiste seulement, impuissants, à une succession lente de scènes au rythme bâtard mal maitrisé qui finit par lasser avant même le final (sur lequel il y aurait beaucoup à dire mais rien de bon).

"On va regarder ça sur deux appareils différents mais sur la même vidéo. On sait jamais, ça pourrait changer quelque chose."
« On va regarder ça sur deux appareils différents mais sur la même vidéo. On sait jamais, ça pourrait changer quelque chose. »

Le Colosse aux pieds d’argile

Le plus gros problème du film est que son ambition à réunir des genres si différents demande non seulement une maitrise parfaite de chacun de ceux-ci mais aussi et surtout une subtilité qui permette d’oublier les transitions. Or Nacho Vigalondo a enfilé les plus gros sabots qu’il a pu trouver pour nous faire la morale sur la dépendance à l’alcool, la dépendance affective, la jalousie, les comportements autodestructeurs en général et la violence domestique. Pourtant, tout n’est pas à jeter. Il est un domaine où le film est une réussite, c’est dans sa description du danger du fameux « Nice guy ». Désolé pour le spoil que je vais faire ici mais étant donné que c’est l’un des rares points positifs du film, il serait malvenu de le taire.

Pour ceux qui ne le savent pas, un « nice guy », c’est ce fameux mec sympa qui aide une femme  mais uniquement parce qu’il a une idée derrière la tête (oui, il veut coucher avec, vous avez bien compris). Du coup, quand il comprend que son attraction n’est pas réciproque, il change tout à coup de visage et veut se venger de ce qu’il estime être une injustice. Car oui, dans sa tête, il a été gentil avec la demoiselle alors elle devrait lui en être reconnaissante et le manifester en couchant avec lui. Dans Colossal, ce thème est amené très vite puisque dès le soir de l’arrivée de Gloria dans la petite ville, elle flirte avec un ami d’Oscar, ce qui le met hors de lui (même s’il affirme que c’est pour une autre raison). Au fur et à mesure qu’il comprend que Gloria ne veut pas sortir avec lui et qu’elle préfère aller vers Joel (l’ami en question) ou, plus tard, retourner avec Tim, le comportement d’Oscar devient de plus en plus déplaisant, puis malsain, puis carrément manipulateur et pervers, le tout avec des conséquences désastreuses sur des vies d’innocents. Comment ? Le fameux deuxième monstre. En effet, Oscar a la même capacité que son amie d’enfance et son avatar coréen est un robot géant avec lequel il peut donc semer terreur et destruction à distance. Il met donc en place un chantage : si Gloria ne fait pas ce qu’il veut, il tuera des coréens.

"Ahahah ! Qu'est-ce qu'on s'amuse sur ce banc ! Attends que je devienne un gros taré, tu vas voir..."
« Ahahah ! Qu’est-ce qu’on s’amuse sur ce banc ! Attends que je devienne un gros taré, tu vas voir… »

L’effondrement

C’est à partir de ce twist que tout part à vau-l’eau. En effet, dans la première partie du film, malgré des personnages clichés aux réactions improbables, le jeu d’acteur des deux personnages principaux et notamment d’Anne Hathaway permettent de rattraper le tout. Si on n’est clairement pas face à un film inoubliable, cette première partie type rom-com sur fond d’alcool n’est au moins pas désagréable à suivre et on pense percevoir le déroulement à venir, somme toute classique, de Colossal vers la rédemption et l’amour retrouvé. Une fois que Gloria et Oscar découvrent leur « pouvoir », le film laisse la place à un torrent de métaphores grossières se voulant profondes. Ainsi, les monstres deviennent en fait des avatars de l’alcoolisme et on a droit à des phrases aussi branlantes que « il ne regarde jamais vers le bas, comme s’il ne se rendait pas compte de ce qu’il fait ». Le réalisateur en profite pour glisser ce qu’il pense être une critique sociétale sur notre consommation des informations comme du divertissement. Une critique tellement travaillée qu’elle se résume à des phrases du type « Si le monstre n’attaque que Séoul, les gens vont arrêter de s’y intéresser ».

Se rendant sans doute compte de sa répétitivité, Colossal décide à ce moment-là de lever le voile sur l’origine de cette situation. Clairement, Vigalondo eût mieux fait de s’abstenir… L’explication n’a aucun sens et vient en plus briser le point le plus positif du film. Au détour de deux scènes (dont celle de l’accident à l’origine des fameux pouvoirs), Oscar passe du « nice guy » – flippant parce qu’on en connait tous et apportant un propos intéressant au film – à un être dépressif et violent dont la maladie a empiré depuis le départ de sa femme (comme quoi, une photo placée dans un décor peut faire basculer tout un propos). Ainsi, Vigalondo entend « expliquer » le comportement du personnage, faisant automatiquement basculer Colossal du mauvais côté de la barrière. Pour parfaire le tableau du film du parfait connard (pardon my french), Tim, qui passe son temps à démontrer à quel point il est dédaigneux, suffisant et méprisant envers Gloria, finit par passer pour le gentil. Un comble !

Voici Tim. C'est un mec sympa qui passe son temps à expliquer à sa copine (Gloria) pourquoi elle est nulle et il sait tout mieux qu'elle. Sympa, on vous dit !
Voici Tim. C’est un mec sympa qui passe son temps à expliquer à sa copine (Gloria) pourquoi elle est nulle et il sait tout mieux qu’elle. Sympa, on vous dit !

Pour conclure cette critique, on notera un nombre hallucinants de plot holes (notamment dans le final qui ne tient absolument pas debout et ce, sur chacun de ses plans – c’en est intrigant tellement c’est raté) et des changements psychologiques beaucoup trop rapides pour avoir un sens chez les personnages principaux, ainsi que des personnages secondaires dont la profondeur rivalise péniblement avec celle d’un pédiluve. Quant à la musique, on ne peut que constater que c’est le travail le plus insipide de notre pourtant adoré Bear McCreary. Rien à garder. Pas assez fou pour emporter le spectateur, pas assez profond pour le faire réfléchir, pas assez subtil pour éviter les facepalms, Colossal est finalement un long métrage qu’on ne saurait conseiller à personne, pas même aux fans de celui qui est parfois décrit comme le « Woody Allen de la SF » depuis son précédent film.

TL;DR

Si le pitch de Colossal laisse penser qu’on est face à un délire digne des plus WTFesques réalisations asiatiques, il laisse en fait place à un mélange des genres qui aurait pu être grandiose… S’il était maitrisé. Au final, on se retrouve avec un film bancal et mal rythmé, qui se tire des balles dans le pied en permanence entre ses incohérences et son sabotage du seul point réellement positif qu’il avait réussi à développer. La seule chose monstrueuse dans Colossal est le fracas produit par son plantage quasi-complet. Foncez, mais en sens inverse !

En bonus, cette affiche du film en Espagne... Ils essayent de vendre ça comme un Godzilla ou quoi ?
En bonus, cette affiche du film en Espagne… Ils essayent de vendre ça comme un Godzilla ou quoi ?

Coloss-aïe

Partant d'un pitch promettant folie et créativité, Colossal ne déploie que personnages clichés et métaphores bâclées servis sur un rythme bâtard. Le film anéantit les quelques bonnes idées qu'il a par des choix de réalisation et de scénario très lourds et parfois même destructeurs. Un film qui se pense intelligent n'est intéressant que s'il l'est vraiment. Ce n'est pas le cas ici.

3.5
Note finale:
3.5

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1 Comment

  • Reply
    Eskarina
    02 Août 2017 8:47

    J’en ai vu une bande-annonce à l’UGC hier (mais j’avoue que ça m’a pas du tout donné envie XD).

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