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[Critique] The Circle

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Emma Watson et Tom Hanks réunis dans un film à charge contre les super-multinationales technologiques à la Google ou Facebook, voilà qui a de quoi intriguer. C’est peu ou prou comme cela qu’est vendu The Circle (à ne pas confondre avec Circle, film de 2015 qui mériterait bien un Crash Test…), le dernier film de James Ponsoldt qu’il a co-écrit avec l’auteur du roman dont le film est adapté, Dave Eggers. On pourrait croire que le film se vend tout seul vu son sujet qui tombe à point nommé (on y parle notamment de vie privée et de scandales politiques) et pourtant, je suis prêt à parier que la plupart d’entre vous n’en ont pas entendu parler alors qu’il sort cette semaine en salles en France. Alors, The Circle est-il une réussite injustement mise de côté par le marketing ou cette exposition réduite a-t-elle permis au grand public d’éviter de perdre son temps ?

Voici Mae Holland. J'espère que vous aimez cette expression parce qu'elle a la même pendant les 3/4 du film.
Voici Mae Holland. J’espère que vous aimez cette expression parce qu’elle a la même pendant les 3/4 du film.

Mae Holland (Emma Watson) est une jeune active bloquée dans un boulot sans intérêt. Lorsque son amie Annie (Karen Gillan) lui décroche un entretien dans la plus prestigieuse multinationale – nommée The Circle -, elle y voit l’opportunité d’enfin utiliser son potentiel. L’entreprise en question est dirigée par Eamon Bailey (Tom Hanks), une sorte de gourou rameutant tout son sheptel une fois par semaine à l’occasion des Dream Fridays, des genres de TED talks internes, pour rappeler à quel point ce qui est bon pour The Circle l’est aussi pour la société. C’est également lors de ces présentations que ce double de Steve Jobs montre les dernières innovations de son entreprise. Suite à certaines péripéties que l’on passera dans ce résumé rapide, Mae se retrouve propulsée comme « mascotte » de The Circle et partagera la totalité de sa vie avec le monde entier via une caméra très sophistiquée. Petit à petit, Mae va découvrir que tout n’est pas aussi rose que ce qu’elle pensait.

La ronde des clichés

Après un résumé pareil, vous vous dites probablement que le scénario de The Circle va se dérouler de façon classique. Et ce n’est pas faux. Evidemment, Mae monte les échelons plus vite que n’importe qui avant elle. Evidemment, son amie Annie en devient jalouse. Evidemment, l’environnement de travail dans lequel l’héroïne évolue se révèle assez creepy. Evidemment, le patron de l’entreprise n’est pas aussi bien intentionné qu’il le laisse penser. Evidemment, une tragédie va toucher un personnage proche de l’héroïne, ce qui va provoquer une remise en cause de ses croyances… Et là je dois déjà m’arrêter. La liste des retournements de situation clichés pourrait pourtant s’allonger mais déjà le dernier évoqué n’est pas totalement vrai. D’ailleurs celui d’avant non plus (enfin si mais pas autant que vous le pensez). Dans le second cas, c’est bien vu. Dans le premier, beaucoup moins. « Tout ça est bien confus Gizmo. » N’ayez crainte, on va y plonger.

Tom Hanks présentant un TED talk. Enfin ils appellent ça un Dream Friday...
Tom Hanks présentant un TED talk. Enfin ils appellent ça un Dream Friday…

Il faut reconnaître à The Circle de bonnes idées. La plus évidente est le casting de Tom Hanks. Tout le monde a une image positive de Tom Hanks. Cet homme respire la confiance et la gentillesse. C’est précisément pour cette raison qu’il était si bien vu de le placer en gourou aux atours tellement attrayants et en même temps aussi glaçant dans ses idées a priori extrêmes sur la vie privée. L’autre très bonne idée, c’est de faire du méchant non pas Eamon mais les gens ! Bien sûr, Eamon est une ordure avec un agenda secret mais, au final, il ne fait ça que pour l’argent. Ce n’est pas SI méchant. Par contre, ce qui rend la société décrite dans le film aussi radicalement mauvaise, ce sont ses citoyens, donc « nous ». Ce sont eux qui décident d’agir comme les dernières des ordures. Ce sont eux qui se contrôlent les uns les autres. On le voit d’ailleurs dans une scène qui aurait pu être très bonne où deux collègues viennent voir Mae et lui expliquent qu’elle doit partager plus de choses avec la communauté. Sur le papier, on sent la pression du groupe insoutenable lorsqu’il lui est fait mention qu’elle n’a pas travaillé ce week-end et que, même si ce n’est pas obligatoire, on l’a bien noté. Ou encore quand on lui reproche de ne pas partager chaque moment de sa vie sur les réseaux sociaux.

Une circulaire pour la vie privée ?

« Sur le papier » ai-je dit. C’est justement tout le problème de The Circle. Quasiment rien n’est réussi sur le plan cinématographique. Le scénario, bien que peu original, aurait pu être mis en valeur par un réalisateur avec une vraie patte. Quelqu’un qui aurait su donner du corps à cette histoire. Or, outre le niveau d’acting assez décevant (et je ne parle pas de l’accent qu’Emma Watson n’arrive pas à conserver), rien n’est fait pour donner du relief à quelque personnage que ce soit. Les personnages sont des archétypes qu’on croirait sortis d’un film d’horreur, d’où ils tirent d’ailleurs leur (absence de) logique toute particulière. Aucune empathie n’est créée. Même les parents de Mae – dont le père atteint de sclérose en plaques est interprété par Bill Paxton – ne dégagent rien. On est aussi peu investis que devant une pub pour des céréales. On a d’ailleurs particulièrement mal pour Bill Paxton dont c’était le dernier rôle et pour Patton Oswald, absolument pas exploité en tant que bras droit de Steve J… d’Eamon Bailey. Le résultat global est si fade qu’on regrette de ne pas avoir simplement le livre entre les mains pour pouvoir faire jouer notre imagination.

Seule idée un peu sympa du film : les commentaires qui flottent autour de l'héroïne
Seule idée un peu sympa du film : les commentaires qui flottent autour de l’héroïne

Côté forme, donc, la seule chose à retenir est l’idée de mettre des commentaires flottants autour de l’héroïne avec autant de trolls que de personnes sincères. La seule note de réalisme et de vie présente dans ce film. Et encore, peut-on vraiment applaudir cette idée quand elle semble tout droit sortie d’un épisode de Black Mirror, nous renforçant encore dans cette impression d’épisode raté et trop long de la série ? Même la mise en forme pataude des quelques bonnes idées laisse à désirer, usant de lourdeur lorsque la subtilité eût été de mise et oubliant les bases du rythme au profit d’un… Eh bien on ne sait pas trop à vrai dire. D’un rien. La lenteur du film n’a ici aucune justification. Pire ! Les scènes qui devraient se terminer en apothéose du malaise sont désamorcées par les réactions incroyables (dans le sens littéral du terme) et souvent apathiques des personnages.

Pas très carré…

Toujours est-il que si la forme laisse à désirer, c’est bien sur le fond qu’on trouve les plus gros problèmes de The Circle. Pendant la première partie du film, la lourdeur avec laquelle il appuie sur certaines problématiques laisse penser que le réalisateur voulait s’adresser à ceux qui ne comprennent strictement rien aux enjeux de la vie privée et de l’invasion de celle-ci par la technologie. Ce pourrait être louable. Le problème, c’est qu’on finit par se demander si ce n’est pas justement Ponsoldt qui n’a aucune idée de ce dont il parle. Alors qu’on croit pendant un temps que l’idée de faire de l’héroïne une partie du problème est géniale, on comprend plus tard que ce fameux problème n’est en fait pas compris. The Circle ne juge pas ses personnages. Il ne fait jamais en sorte, non plus, qu’ils apprennent des situations ou de leurs erreurs. La mauvaise compréhension du sujet va jusqu’à rendre un défenseur des libertés – objecteur de la première heure interprété par John Boyega et qui nous donne de l’espoir pendant un instant – complice de la mise en place d’une nouvelle version de ce qu’il combat depuis le départ. Impossible d’en dire plus sans spoiler mais la fin est proprement hallucinante : un pur aveu d’incompétence.

Ne vous fiez pas à son air, Mae Holland est captivée et sous le charme. Si si, promis.
Ne vous fiez pas à son air, Mae Holland est captivée et sous le charme. Si si, promis.

The Circle ne trouve jamais de moyen pour transformer la maigre paranoïa qu’il dépeint, pour la sublimer, pour la communiquer au spectateur. Il ne l’instille pas mais se contente de dire (même pas de montrer) qu’elle est là. Il ne répond pas non plus de manière satisfaisante aux questions qu’il pose puisqu’il semble invariablement nous avouer « ah mais j’ai posé une question là ? ». Et c’est le moment de revenir à quelque chose que j’ai écrit plus haut. Vous vous souvenez de la tragédie qui touche un proche de Mae ? Sans trop en dire, elle est provoquée par Mae elle-même lors de la présentation d’une nouvelle technologie de The Circle. Pourtant, loin de la remise en cause que l’on attend, l’héroïne se contente de pleurer quelques jours avant de revenir en championne de cette technologie. Cet évènement – très long au demeurant – n’a eu strictement AUCUN impact sur l’histoire (même si on pourrait croire le contraire lorsque la scène finale débute).

C’est là qu’on en revient à l’importance du réalisateur. Comme souvent, j’ai réfléchi au film après l’avoir vu (« wow extraordinaire ! Quel talent ! Bravo Gizmo, personne n’avait jamais fait ça auparavant »). Ce que je vous ai décrit ci-dessus, ces réactions illogiques, ce manque d’impact, ces retournements un peu débiles, tout ça et plus encore (il y aurait de quoi écrire 20 pages sur ce qui ne va pas dans The Circle) pourrait être analysé comme un parti pris. J’irais même plus loin : cela pourrait être une couche supplémentaire au film qui constituerait une critique sociale et individuelle profonde. Sans même changer le script. Ce serait vrai si on pouvait croire une seule seconde qu’il s’agit d’un parti pris. Mais le niveau ridicule de l’ensemble interdit cette hypothèse. Un autre réalisateur – Lynch par exemple ou même Cronenberg – aurait pu, par son travail, mettre en avant ces problèmes, les épouser pour les transformer en qualitésJames Ponsoldt en a été incapable.

Ah ben John Boyega ! C'est sympa d'être passé. Dommage que ton rôle soit aussi insignifiant et ridiculement illogique.
Ah ben John Boyega ! C’est sympa d’être passé. Dommage que ton rôle soit aussi insignifiant et ridiculement illogique.

TL;DR

Se voulant un techno-thriller aux questionnements contemporains, The Circle fait plutôt figure d’objet raté. La forme sans imagination épouse le fond qui, malgré quelques bonnes idées, manque à en faire quoi que ce soit de vaguement intéressant. Une règle dit que si trop d’acteurs connus sont réunis au casting d’un film dont le réalisateur n’est pas plus connu que le plus connu desdits acteurs, alors on sera face à un mauvais film, inintéressant, n’apportant rien de nouveau et essayant simplement d’engranger des entrées de la façon la plus fainéante qui soit. The Circle n’est pas une exception à cette règle. Il porte bien son nom : il est vide. Ne perdez pas votre temps, allez voir autre chose.

Allez, je me fais plaisir : une autre photo avec Karen <3
Allez, je me fais plaisir : une autre photo avec Karen <3

Cercle vicié

Malgré quelques (rares) bonnes idées, The Circle se plante lamentablement à cause d'une fadeur extrême et d'une réalisation tardive destructrice : les personnes à l'origine de ce projet ne savaient pas ce qu'elles voulaient faire.

3
Note finale:
3

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