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[Critique] Vermin : All Cops Are Bugs

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Quand j’étais petit – autour de mes 10 ans -, sont sortis Microcosmos et 1001 Pattes, deux films concernant la vie des insectes. Si le premier était un documentaire qu’on nous obligea à aller voir en cours avec des scarabées qui poussent leur boule de matière fécale, le second était une version animée et fantasmée (parce qu’anthropomorphique) destinée aux enfants. Tout ça c’est bien joli mais, quitte à imaginer la vie des insectes – animaux que l’on associe tous plus ou moins consciemment à la saleté et à des nuisibles de façon générale -, pourquoi ne pas en profiter pour en faire un spectacle crade, cru, drôle et prenant à la fois ? Une sorte de fusion, justement, entre la réalité décrite dans le documentaire cité plus haut et le film d’animation pensé pour la jeunesse. Mon questionnement semble être partagé par le studio Bobbypills puisque c’est à eux que l’on doit la nouvelle série d’animation française qui va faire beaucoup de bruit, Vermin : All Cops Are Bugs.

Chemou et Mantos, un duo de choc !
Chemou et Mantos, un duo de choc !

Imaginez Zootopie, mais où l’on remplacerait les lapins et autres animaux mignons par des mouches et des cafards. Evidemment, l’échelle aussi serait modifiée et on passerait alors d’une mégalopole ultra moderne à un amas de détritus plus ou moins arrangés. Avouez, vous commencez déjà à avoir l’eau à la bouche… Eh bien c’est dans cet univers que va évoluer Mantos, notre héros (une mante religieuse mâle), bien décidé à suivre les traces de feu son père pour devenir un officier de police intègre et respecté. Pas de bol, à peine a-t-il quitté sa campagne pour la ville que la réalité lui en fait voir de toutes les couleurs. Lors des premières minutes de Vermin, Mantos est confronté à la saleté, au vol, aux insultes et même à la violence policière lors de sa rencontre avec sa future partenaire, une mouche alcoolique et la pire flic du commissariat (pourtant composé d’une belle brochette de personnages tous plus barrés les uns que les autres) répondant au nom de Chemou.

Une série pour les cancre(lat)s ?

Normalement, vous l’avez déjà compris mais on va être très clair : Vermin n’est pas une série pour enfants. Le studio Bobbypills assume pleinement son (génial) univers et s’annonce comme un acteur de l’animation ado/adulte. On pense beaucoup aux Kassos en regardant cette série, que ce soit pour son humour, son irrévérence, ses voix ou même ses créateurs. En effet, deux des esprits derrière Vermin, Balak et Alexis Beaumont, étaient déjà aux manettes de la web-série culte. Le premier était également à l’écriture pour la très bonne série d’animation LASTMAN dont vous avez probablement entendu parler (et vue, sinon dépêchez-vous de réparer cette erreur). Le troisième larron, Hafid F. Benamar est certes moins connu dans le monde de l’animation (il a fait des voix pour Les Kassos et Lascars mais guère plus) mais a écrit avec Eric Judor, notamment sur la série Platane.

Le bestiaire... Enfin je veux dire la galerie de personnages est assez colorée !
Le bestiaire… Enfin je veux dire la galerie de personnages est assez colorée !

Bref, le trio a de la bouteille quand il s’agit d’humour, qu’il soit vulgaire et cru ou référencé. Située quelque part entre Les Kassos, Rick & Morty, BoJack Horseman, Mutafukaz et une version sous acide de Brooklyn Nine-Nine où Jake ferait plutôt équipe avec un Scully porté sur la bouteille, Vermin concentre en 10 épisodes de 8 minutes une explosion de gags et de situations ubuesques servis par un casting insectoïde fourni et doublé avec brio par des voix que les amateurs de l’ « humour de l’internet » reconnaîtront bien vite, notamment Monsieur Poulpe et Gaël Mectoob ou encore Medi Sadoun (la voix de l’assistante sociale des Kassos… Oui ben quand un groupe fonctionne, hein !).

Quartier papillonnaire

Avec une référence aussi visible au fameux slogan anti-police dans son titre même (ndlr : ACAB signifie « All Coppers [ou Cops] Are Bastards », un slogan bien connu des punks et des militants de gauche notamment), on ne peut évidemment s’empêcher de remarquer les commentaires sociaux et sociétaux présents au milieu des blagues sexuelles, référencées et/ou simplement crades (mais qui font toujours Chemou) dans Vermin. On retrouve évidemment les sujets de la banlieue, du déclassement social, du racisme, des trafics, et caetera. Cela n’empêche pas l’équipe d’explorer à fond son sujet pour aller jusqu’à aborder des sujets aussi improbables que le merchandising organisé par un super-héros ou encore une société matriarcale et cannibale.

La première journée de Mantos en ville n'est pas des plus reposantes...
La première journée de Mantos en ville n’est pas des plus reposantes…

Vermin est une série qui va vite. Très vite. Son format court lui impose d’aller à l’essentiel et ça fonctionne parfaitement. Il faut bien avouer que Blackpills, un service de streaming gratuit sur mobile spécialisé dans les formats courts, a trouvé le porte-étendard parfait pour faire venir les ados et les adultes en mal de rires gras, parfois même grinçants, dans une enveloppe à l’animation exemplaire et au trait qui, malgré les sujets représentés, flatte étrangement la rétine. Vermin est indubitablement, en ce mois d’Avril, la meilleure chose qui pourrait arriver à vos trajets vers l’université ou le travail.

TL;DR

L’animation française se porte bien, merci. La preuve avec cette série en format court, disponible sur la plateforme de streaming Blackpills. Vermin : All Cops Are Bugs déroule l’humour crade et irrévérencieux qui a fait le succès des Kassos pour combler son public avec ses 10 épisodes de 8 minutes à base d’anti-héros flics. Parfaits pour occuper le temps d’un trajet, les épisodes si réussis nous donnent en fait envie de rallonger celui-ci pour en grignoter toujours plus. Vivement une saison 2 !

Nous espérons que cette critique a été aussi convaincante que l'expert en négociation !
Nous espérons que cette critique a été aussi convaincante que l’expert en négociation !

C'est téléphore !

A l'instar de Rick & Morty, Vermin : All Cops Are Bugs surfe sur l'amour grandissant pour l'animation à destination des adultes (ou au moins ados). Gags vulgaires et efficaces à souhait, gore omniprésent, références à foisons... Si vous n'avez rien contre les oeuvres qui ne jurent pas que par la finesse, vous auriez tort de passer à côté !

8.5
Note finale:
8.5

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