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[Test] Civilization VI

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En 3080 avant J.C., Theodore Roosevelt fonde la ville de Washington sur le bord d’une rivière, bien trop proche des cités grecques au goût de Périclès. Celui-ci lancera une attaque massive sur les frontières américaines au millénaire suivant, appuyé par les Vikings dans leur quête d’expansion territoriale. De l’autre côté de l’océan, Gandhi et sa politique fasciste repoussent les assauts des chars égyptiens. Mais tous redoutent la puissance atomique du Congo et la ferveur religieuse de l’Angleterre. Bienvenue dans Civilization VI.

Civilization VI est le nouvel opus de la licence phare de Firaxis Games. Depuis 1991 et la sortie du premier jeu, Civilization a construit un gameplay et un jeu qui est devenu une référence, un genre à part entière. Civilization est devenu le modèle du jeu de stratégie au tour par tour, et Firaxis a su apporter un peu plus de complexité et de complétude à chaque suite. Après un Civilization: Beyond Earth orienté spatial, le jeu revient à la source et nous propose ni plus ni moins qu’un générateur d’uchronies dans lequel votre rôle est de réécrire l’Histoire, si possible au détriment des autres.

 

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Encore un tour

 

Présenter Civilization aux joueurs, c’est un peu comme présenter Star Wars aux cinéphiles: ça ne se fait plus, car c’est un pilier de la culture. Mais pour les rares qui n’y ont pas joué, je m’y colle. Civilization VI, à l’instar de ses prédécesseurs, propose au joueur d’incarner l’un des 20 dirigeants à la tête des 19 civilisations du jeu (2 dirigeants représentent la Grèce). A la manière d’un jeu de plateau, la carte est divisée en cases (héxagonales depuis Civ V). Et en tant que leader de votre civilisation, vous devez bâtir des villes sur ces cases, les faire grandir en construisant les aménagements nécessaires, gérer les ressources (nourriture, fer, pétrole, uranium, …) et le commerce, explorer la carte, et bien entendu détruire ou conquérir les autres civilisations. Tout cela sur plusieurs millénaires d’évolution technologique et politique! Ceci reste pourtant une description très sommaire des possibilités du jeu, et le meilleur moyen de s’en rendre compte, c’est d’y jouer.

 

Disons-le tout de suite: Civilizatin VI est une amélioration de Civilization V. Le concept est identique, le gameplay également. Mais dans ce genre, la perfection ne s’atteint pas par la refonte totale du titre. Ce qui rend Civilization VI grandiose, ce sont justement tous les détails et les ajustements qui ont été introduits.

 

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Parmi les grandes nouveautés, la plus marquante est probablement la gestion des villes et l’apparition des quartiers. Là où Civ V nous permettait de construire n’importe quel bâtiment dans vos villes, Civ VI mise sur la division des activités. Fini les constructions infinies sur une seule case de ville, désormais les cités s’étalent et chaque construction vient occuper une case avoisinante à votre centre-ville. Certaines constructions sont cependant regroupées en quartiers (quartier de loisir, campus universitaire, lieu de culte, …) qui sectorisent les activités par genre. Ce nouveau mode de gestion oblige à rentabiliser l’espace et à spécialiser vos cités, une vraie nouvelle dynamique pour la gestion des villes!

 

L’opium du peuple

 

La croissance de chacune de vos villes est dorénavant soumise à deux paramètres: le nombre d’habitations et le nombre d’activités (autrefois appelé « bonheur »). Le défaut de l’un ou l’autre de ces paramètres se traduit par un malus sur la croissance de la ville, voire à l’apparition d’unités rebelles dans vos villes quand l’activité est trop faible. Inversement, si les habitations et les activités abondent, vos villes auront un bonus de croissance non-négligeable. Il est donc primordial de surveiller ces deux critères dans vos villes, et de les pourrir chez vos voisins les moins aimés.

 

La religion prend une place importante dans ce Civilization, puisqu’il est possible maintenant de remporter une victoire religieuse en fondant une religion et en la rendant dominante parmi toutes les civilisations de la partie. Ce nouveau type de victoire vient remplacer la victoire diplomatique de Civ V, tout en s’ajoutant aux autres types déjà existants: victoire scientifique en se lançant dans la conquête spatiale, victoire militaire en capturant ou détruisant les capitales de toutes les autres civilisations, et enfin la victoire culturelle qui reste ici la plus floue des conditions de victoire. Bien entendu, chaque civilisation a ses avantages: il sera plus difficile de remporter une victoire militaire avec Gandhi, mais celui-ci sera plus efficace pour obtenir une victoire religieuse… Plutôt logique!

 

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Les technologies et les dogmes politiques ont maintenant chacun leur arbre, et évoluent indépendamment. Les technologies permettent toujours de débloquer certains bâtiments et unités, ainsi que de nouvelles ressources, tandis que les dogmes vous donnent accès à des « cartes » militaires, économiques ou encore religieuses que vous devrez choisir pour façonner le « deck » de  votre gouvernement. Chacun peut donc orienter son gouvernement à sa guise en fonction de ses besoins immédiats ou futurs. Même chose pour la religion qui se base sur la création d’un panthéon dont les atouts et bonus sont choisis parmi une liste par le joueur. Le maître mot est la personnalisation!

 

Guerre et Paix

 

Les dirigeant possèdent d’ailleurs tous des ambitions uniques qui viendront orienter leurs décisions quand elles sont dirigées par l’IA. Par exemple, Théodore Roosevelt applique la politique du « gros bâton », c’est-à-dire que l’Amérique sera plutôt amicale envers les civilisations pacifiques, mais plutôt colère quand un chef d’état lancera un conflit sur le continent.  A cela s’ajoutent également une intention cachée pour chaque dirigeant, redéfinie à chaque partie, ce qui évite la répétition et la prévision des comportements. Une bonne idée, mais qui reste quelque peu plombée par l’incohérence de l’IA. Celle-ci est en effet très aléatoire et n’agit pas toujours de façon compréhensible. Entre les déclarations de guerre surprise alors que votre civilisation possède des unités militaires supérieures et les affinités qui évoluent parfois de façon rapide et obscure, vous ne serez pas toujours satisfait de vos adversaires.

 

La diplomatie est pourtant bien travaillée et de nombreuses interactions sont désormais disponibles via les écrans des dirigeants, bien plus attractifs et informatifs que dans les précédents opus. Dirigés par l’IA, les dirigeants viendront régulièrement ponctués votre partie de leur commentaires plus ou moins pertinants, comme lorsque le chef Viking est venu me féliciter de la puissance de ma flotte alors que je ne possédais rien d’autre qu’un bâteau de pêche. L’art du second degré serait maîtrisé?

 

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Les guerres sont d’ailleurs toujours des moments de pur régal. Impossible d’empiler les unités cependant, chaque case est occupée par une seule unité militaire. Les villes peuvent être assiégées en posant une unité militaire sur les cases adjacentes au centre-ville. Mais déclencher une guerre est souvent pénalisant et mal vu par les autres dirigeants, tout comme l’occupation d’une ville annexée. Mais quand votre civilisation domine le paysage militaire, peu importe les avis des autres, la conquête et la destruction sont de douces récompenses. Et question durée de vie, inutile de s’inquiéter, la moindre partie rapide nécessite quelques heures pour parvenir à une conclusion! Le jeu reste malgré tout très complexe et les joueurs débutants s’y sentiront parfois perdu, malgré les conseils (optionnels) dispensés par le jeu. Le Civilopédia, sorte de guide textuel du jeu, est une aide pour appréhender tous les aspects du jeu mais celui-ci reste bien trop léger en informations pratiques.

 

Côté visuel, Civilization fait peau neuve et offre un univers plus cartoonesque optimisé et très réussi, moins réaliste certes mais un univers plus coloré et plus vivant que par le passé. Le brouillard de guerre est désormais remplacé par un dessin de carte, bien plus agréable pour les yeux que les nuages du précédent opus. Les dirigeants ont été énormément travaillés, les écrans de diplomatie leur permettant d’apparaître vivants, animés et expressifs. La musique est quant à elle toujours aussi prenante, et il le faut bien pour ne pas se lasser durant les nombreuses heures que durent chacune des parties de Civilization VI.

 

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Le mot de la fin

 

Civilization VI est de retour en puissance, amélioré et optimisé, il redonne goût à la conquête militaire et la négociation politique. Les nouveautés redonnent un peu de dynamisme au jeu qui avait tendance à s’essouffler en milieu de partie dans les précédentes versions. Ce qui me fait succomber cependant pour chaque Civilization, c’est cet outil remarquable que propose Firaxis pour réécrire l’Histoire. Les joueurs puristes y trouveront un jeu complet et complexe, comprenant une quantité phénoménale de paramètres et de mécanismes à maîtriser. Les joueurs occasionnels peuvent se laisser effrayer par l’ampleur du jeu, mais finalement c’est sa capacité à raconter des histoires, différentes à chaque partie, qui donne sa force au titre. A chaque tour, le monde change et évolue, les liens se développent ou se détruisent, les peuples s’élèvent ou disparaissent. Et au cœur de la nuit, lorsque tout le monde dort et que les paupières sont lourdes, on continue de se mentir: « encore un dernier tour… »

 

 

On a aimé :

  • Les graphismes cartoon épurés
  • La nouvelle dynamique des villes
  • La durée de vie toujours monumentale
  • La réécriture de l’Histoire, classique!

On a moins aimé :

  • L’IA un peu à côté de la plaque par moment
  • Le manque d’infos concrètes dans le Civilopédia

Craquez vos PO si :

  • Vous avez aimé les Civilization
  • Vous n’avez jamais joué à Civilization
  • Vous aimez les jeux de stratégie complets

Quittez la partie si :

  • Le tour par tour vous gonfle
  • Vous n’aimez pas les jeux de plateau
  • Vous détestez Civilization?
Civilization VI – Firaxis Games – 2K
PC
59,99€
Le test a été effectué sur une version offerte par l’éditeur.

History Channel

Civilization VI est sans surprise un très grand jeu. Complet, beau et diablement pointu, il donne quelque chose à tous les joueurs. Son IA reste malheureusement l'un de ses défauts, mais on peut espérer une optimisation par un patch prochain. Firaxis démontre une nouvelle fois sa suprématie dans le genre. Vous y trouverez sans problèmes des centaines d'heures de plaisir.

9
Note finale:
9

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