On comprend bien pourquoi on a tant attendu Pragmata. Le calendrier de Capcom est serré et l’éditeur nous sort de sacrés hits depuis quelque temps. L’éditeur se repose à juste titre sur ses licences phares (Resident Evil, Monster Hunter) et ose ici avec une nouvelle licence qui va mettre nos capacités attentionnelles à rude épreuve.
L’histoire nous met dans la peau de Hugh, encore un ingénieur spatial, qui doit aller enquêter sur la Lune. Sur celle-ci se trouvent des constructions terriennes, notamment le Berceau, qui abrite toute une technologie d’impression 3D réalisée avec de la “lunafibre”. Mais pas de l’impression 3D qui imprime des petites figurines, non le genre d’impression qui imprime des bâtiments entiers, des armes, des robots et même des villes.
Problème : toute communication a été coupée. Donc Hugh y va avec une équipe de trois collègues qui vont vite se retrouver séparés à la suite d’une grosse secousse. Hugh sombre dans les tréfonds du Berceau et tombe sur Diana, androïde Pragmata ayant l’apparence d’une petite fille, possédant des capacités de piratage qui vont s’avérer bien utile. Commence alors une quête pour retrouver la Terre et comprendre au passage ce qui se passe sur la Lune.
Les nœuds dans le cerveau
Heureusement que la “gamine” est là comme le dit Hugh en VF, car l’IA contrôlant le secteur, Idus, a un peu pété un câble et tous les robots doivent désormais éliminer la menace que représente Hugh. L’impression 3D est solide car les balles des armes du héros ne font pas beaucoup de dégâts et seul le priatage de Diana permet de les exposer et de s’en débarrasser. C’est là que commence le gameplay asymétrique. Hugh contrôle les flingues et Diana, perchée derrière Hugh, s’occupe du piratage en même temps.

En voyant les premières images du jeu, je me suis dit que j’allais faire d’immenses nœuds dans mon cerveau. Heureusement, Capcom a compris que ce gameplay multi-tâches devait être bien pensé et très didactique. C’est d’ailleurs comme ça que commence le jeu : des robots très lents qui laissent le temps de se positionner, de hacker, puis de tirer.
La manette est coupée en deux, les boutons de droite (X, Y, A, B sur la version testée) permettent de circuler dans la grille de piratage, l’objectif étant d’arriver à la fin de cette grille en prenant le chemin le plus optimal. Il sera possible de passer par des nœuds de piratage sur le chemin pour obtenir divers effets comme une augmentation des dégâts, une paralysie temporaire de l’ennemi ou d’autres effets bien pratiques.
Il est bien sûr possible d’aller tout droit dans ce labyrinthe, mais si les ennemis ne sont pas affaiblis ou les armes de Hugh ne sont pas améliorées, les ennemis deviendront vite des sacs à PV. Le début du jeu est donc très didactique, presque trop, mais la complexité arrivera vite avec des ennemis plus vifs, de plus gros dégâts infligés à Hugh et aussi tout simplement une plus grande quantité d’ennemis. Car oui, Diana ne peut hacker qu’un ennemi à la fois, donc des choix doivent être faits.
Un tank et une gamine
L’autre chose à gérer concerne les déplacements de Hugh. Ce dernier est équipé d’une très grosse armure et ses déplacements normaux sont lourds. Fort heureusement, son armure dispose également de petits dashs bien utiles pour esquiver et se déplacer, faisant un peu penser à d’autres jeux du style comme Vanquish. Pour se battre, Hugh dispose d’une arme de base dont les munitions se rechargent avec le temps, mais aussi d’armes temporaires assez variées, limitées en munitions et en emplacements, pour se sortir des combats les plus compliqués.

Additionnés comme ça, le piratage, le déplacement et la gestion des armes peuvent faire peur. Au début, j’avais même pensé à un jeu qui allait être difficile pour rien, qui allait nous punir en perdant les ressources pour s’améliorer après chaque mort. J’ai peut-être été un peu trop habitué à souffrir. Mais non et c’est là toute la qualité du game design de Pragmata. Le jeu nous prend par la main au début, mais sans tuto textuel interminable. On obtient une nouvelle arme ou une nouvelle capacité de piratage et on peut tester dans la foulée.
C’est sans compter la présence de défis au Refuge (hub inter-zones pou s’améliorer) qui auront tendance à se concentrer sur une arme ou une fonctionnalité précise. L’apprentissage se fait très naturellement et on se surprend en fin de jeu à tirer avec Hugh en même temps que le piratage avec Diana de façon très naturelle, trois doigts sur les gâchettes et le nez qui saigne en pleine concentration.
L’ensemble est plutôt jouissif. C’est bien aidé par une technique au top. Malgré mon PC un peu vieillissant, tout était fluide, les effets, le flou cinétique, rien n’est too much et l’ensemble participe à l’ambiance. Entre les combats, le level design permet une certaine exploration, même si on se heurte tout de même souvent à des murs invisibles ou des fenêtres transparentes étrangement un peu trop transparentes. Le moteur maison RE Engine reste tout de même efficace, bien qu’il commence peut-être à montrer un peu d’âge.
Loi Zéro
Dans l’espace, on nous entend crier finalement. Toute l’aventure est soulignée par les nombreuses réactions et discussions entre Hugh et Diana, des encouragements, des cris. On a vraiment l’impression d’incarner le duo. En parlant de duo, Hugh ne reste pas de marbre face à Diana malgré son statut d’androïde et une sorte de relation père-fille va rapidement naître. Le Refuge est l’occasion d’échanger sur les évolutions du scénario, de voir Diana s’épanouir avec des jouets collectionnables, de jouer à cache-cache avec elle. Ce sont des interactions non obligatoires mais plutôt sympathiques, qui plus est passables si on a envie de rusher. Pragmata n’en fait d’ailleurs pas des caisses à ce niveau, les cinématiques ne sont pas très longues et vont à l’essentiel, on échappe aussi au sujet philosophique “les robots ont-ils une âme ?” et on se contente d’apprécier cette relation simple et un peu candide.

Mais qu’est-ce qui pourrait ne pas aller dans Pragmata alors ? Pas grand chose au final. C’est une nouvelle licence qui propose un gameplay solide et original, une histoire concise et efficace, un duo de personnage attachant, une exploration qui récompense largement. On a même des défis annexes, du post-game, un niveau de difficulté supplémentaire qui se débloque après la fin du jeu. Le succès du jeu est justifié, il peut parler à tout le monde. Mais n’oublions pas que le jeu repose essentiellement sur son gameplay.
Parfois, j’ai pu ressentir un petit sentiment de répétition. Je ne sais pas si c’est dû au gameplay ou alors à ces ennemis tout de même un peu lents. C’est aussi ce calibrage presque trop parfait. J’ai déjà joué dans des bases lunaires avec un changement de gravité, j’ai déjà connu des monstres ou robots détraqués dans une base abandonnée, j’ai déjà connu une relation de parentalité dans un jeu, très souvent avec un père plutôt qu’une mère d’ailleurs (God of War, The Last of Us par exemple), j’ai déjà vu ce système d’évolution, ces défis, ces collectionnables. Tout ceci est un peu déjà-vu et la grande force du gameplay réside dans cette symétrie entre les gunfights et le piratage . Pour le coup, c’est à l’inverse de jeux classiques proposant un gameplay asymétrique à ce sujet (Bioshock, Prey, Cyberpunk, Deus Ex ou Watch Dogs).
Même si j’ai déjà goûté à tout ça, c’est tout simplement bien fait et il n’y a pas de mal à se faire du bien. La simplicité, c’est aussi un game feel très bon, efficace manette en main. J’ai fini le jeu en un peu moins de 20h, en prenant mon temps, en profitant des paysages lunaires que j’adore. C’étaient des petites sessions, des moments rapides de plaisir qui arrive tout de suite sans trop se poser de questions. Force est de constater que Pragmata offre ça, une efficacité dans le gameplay et dans l’histoire, avec une réalisation très correcte. On n’en demande parfois pas plus dans un jeu vidéo.
On a aimé :
- Les deux gameplays en même temps
- Un apprentissage progressif et bien guidé
- L’histoire tranquille à suivre
- La réalisation au top
On aime moins :
- Hors gameplay, tout est finalement un peu déjà-vu
Commencez le piratage si :
- Vous n’avez pas peur de deux gameplays synchrones
- Vous aimez vous balader sur la Lune
Restez sur Terre si :
- Les enfants vous effraient
- Vous n’arrivez pas à faire deux choses en même temps
Le multi-tâches pour tous
Lancer une nouvelle licence n'est pas évident, surtout par un développeur qui se repose sur des suites bien connues. Il faut reconnaître que Capcom réussit à proposer de nouvelles choses avec Pragmata, un gameplay innovant, efficace, dans un bel enrobage.
