Crash Test

[Crash Test] Sound of Noise

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Pour commencer (ma participation à) cette nouvelle saison de Kiss My Geek, quoi de mieux qu’un petit Crash Test sur un film pas trop connu ? Non mais ne répondez pas, c’est totalement rhétorique… Bref, aujourd’hui on va parler d’un film suédois dont le synopsis ressemble à une blague – il faut dire qu’il s’agit de l’adaptation en long d’un court-métrage de 10 minutes nommé Music For One Apartment and Six Drummers sorti en 2001 – mais vaut-il le visionnage malgré tout ou est-ce définitivement un étron à oublier ? (Spoiler : j’ai triché, je connais ce film depuis sa sortie en 2010. Ca vous donne une idée de la réponse). Direction la Scandinavie, donc, pour nous intéresser à Sound of Noise de Johannes Stärjne Nilsson et Ola Simonsson.

 

De quoi c’est-y donc qu’on cause ?

 

Sound of Noise suit à la fois un policier qui n’a pas l’oreille musicale – doux euphémisme pour dire qu’il ne sait pas différencier la musique du bruit, condition que l’on qualifie de tone-deaf en anglais mais dont aucun équivalent n’existe en français – répondant au nom d’Amadeus Warnebring et ayant développé une haine pour tout ce qui touche au monde de la musique (parce qu’il vient d’une famille de musiciens émérites et s’est donc toujours senti exclu) et le groupe de « terroristes musicaux » qu’il poursuit. Ces derniers se sont en fait mis en tête de prendre la ville en otage pour construire des mélodies à partir des bruits du quotidien et choisissent des lieux emblématiques pour leur performance – une salle d’opération, des lignes électriques, un théâtre, etc. Un film qui mélange donc policier, film musical (voire clips sous certains angles) et même comédie romantique avec une sorte de romance entre le policier et la meneuse des terroristes auditifs – Sanna.

 

Amadeus enquête sur des compositeurs-terroristes qui ont des noms très poétiques pour leurs mouvements.
Amadeus enquête sur des compositeurs-terroristes qui ont des noms très poétiques pour leurs mouvements.

 

Le bruit sans l’odeur (de merde)

 

Oui, les héros de l’histoire sont bel et bien les 6 performers qui vont tenter de réaliser 5 actes musicaux à grande échelle tout en les imposant à une population qui n’a rien demandé. C’est leur façon de lutter contre l’uniformisation de la musique qu’ils subissent tous les jours, une sorte de bouillie pop crachée par des hauts-parleurs dans toute la ville sans qu’aucune âme n’y prête même plus attention. Leur façon, aussi, de se réapproprier le quotidien et donc leur propre vie à travers les objets qui y sont liés pour en sortir une beauté nouvellement créée par leurs soins. Une ôde au bruitisme ? Peut-être. On peut malgré tout reconnaître au film un sens plus profond en opposant la musique ultra-formattée lobotomisante ne visant finalement qu’à apaiser les masses, les rendre plus dociles, aux caractéristiques beaucoup plus positives d’une composition libre et libératrice, tournée vers le renouvellement, l’expression et la créativité. Bref, vers l’épanouissement. Ce message est rendu encore plus clair par l’ajout d’une critique de l’élitisme rance des milieux classiques au travers du personnage de Sanna, rejetée par le conservatoire (et donc symboliquement par la caste puritaine et bien-pensante décidée à imposer sa vision au monde quitte à l’étouffer).

 

Mais avant même de s’intéresser aux messages de Sound of Noise, il convient de souligner la réussite des passages représentant les performances des « terroristes ». Qu’il s’agisse de l’utilisation du corps du patient dans la salle d’opération, du déchiquetage des billets dans la banque ou de toutes les autres trouvailles réjouissantes du film, tous les sons utilisés sont parfaitement arrangés pour créer des mélodies plus ou moins noisy (oui ben je me refais pas) qui rendent ces segments de film – chapitrés à la manière d’un Tarantino – très marquants et que la mise en scène ne peut finalement que souligner, dictée qu’elle est par la bande son. Cela est d’ailleurs visible dès la scène d’ouverture durant laquelle la batterie d’un des personnages ne se révèle qu’au bout d’un certain temps – à l’arrière du véhicule où se situe la caméra –, prenant ensuite le pas sur tout le reste, jusqu’au rythme de montage du film, se comportant en véritable dictateur tout aussi évident qu’implacable. La réalisation ne peut alors finalement que tenter de suivre là où la plupart des métrages l’utilisent comme vecteur principal d’émotions et même de sens.

 

Quelle meilleure idée que d'utiliser un patient bien en chair et du matériel médical pour faire de la musique ?
Quelle meilleure idée que d’utiliser un patient bien en chair et du matériel médical pour faire de la musique ?

 

Sans fausse note ?

 

Le problème de Sound of Noise, c’est qu’il y a une histoire qui tente d’être développée entre ces moments de bravoure. D’habitude, c’est une bonne chose mais quand les personnages ne sont pas très intéressants, leur développement trop cliché et l’histoire globalement bancale, ça ternit le tableau global. Attention, on n’est pas non plus au niveau de plantage de Lucy (ça faisait longtemps que je ne l’avais pas cité) mais les étoiles que nous mettent dans les yeux les performances musicales brillent légèrement moins lorsque les passages plus classiques s’éternisent. Bien sûr, les histoires des personnages viennent soutenir le message évoqué plus haut. Bien sûr, leurs circonvolutions donnent du liant au métrage. Mais en avait-il besoin ou n’aurait-il pas plutôt gagné à assumer jusqu’au bout son lignage clipesque et son inexorable fuite en avant ? Difficile à dire mais je penche pour la deuxième solution.

 

Donc, on regarde ?

 

Oui, on regarde. Et surtout on écoute ! Même si l’humour ne fait pas toujours mouche, le sens de l’absurde et l’impressionnante démonstration de force artistique déployés dans Sound of Noise valent bien 1h40 de votre vie. Parce qu’il y a une chose que je ne vous ai pas dite : ici, point de truchement, les performances ont été réellement jouées et les musiques organiques que vous entendez sont véritablement le résultat de ce que vous voyez à l’écran. Donc si vous êtes amateur de musique sortant de l’ordinaire – voire franchement expérimentale – ou si vous êtes simplement curieux, vous devez absolument regarder Sound of Noise ! Je vous conseille les sous-titres pour pouvoir suivre l’histoire mais si vous ne trouvez qu’une VO pure et dure, essayez quand même, quitte à ne regarder que les actes musicaux.

 

Sound of Noise est définitivement Gizmo-approved
Sound of Noise est définitivement Gizmo-approved

 

Pour rappel, vous pouvez nous proposer (par commentaire, mail, tweet ou n’importe quoi) des films/DA/séries étranges et/ou douteux et/ou nuls et/ou que vous hésitez à regarder par peur qu’ils ne soient une perte de temps afin qu’on fasse ce travail pour vous et qu’on vous donne notre avis dans un prochain Crash Test !

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