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[Loading] Blowndie : Le Game Over

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La rubrique du [Loading] renaît de ses cendres, complètement dépoussiérée par notre invité du jour : Blowndie ! Qui a dit que jeu vidéo et philosophie étaient incompatibles ? Sûrement pas lui puisqu’il va vous décortiquer le Game Over avec son article qu’il a intitulé  » Le Game Over : Affirmation ou négation de la volonté de jouer ? » Il est également disponible ici en audio. À toi, Blowndie !



 


Cet article aura pour but, comme peuvent déjà le voir les philosophes, de trouver un lien entre le Game Over, ou la mort, et les thèses d’un certain Arthur Schopenhauer. Initialement, ce philosophe du XIXe siècle écrit sur ce qu’il appelle : « L’affirmation et la négation de la volonté de vivre » qui représente le deuxième chapitre d’un petit recueil intitulé Du néant de la vie. Première chose que nous pouvons relever est que j’ai volontairement changé le mot « vivre » par le mot « jouer », et vous le comprendrez en lisant mes chroniques, en philosophie, le vocabulaire est très important. Nous débuterons donc par cette petite question : pouvons-nous comparer l’acte de jouer à l’acte de vivre ?





De fait, le joueur est conditionné pour faire non seulement la part entre la vie et la mort mais aussi entre les phases de jeux et les phases de non jeu. Si les écrans de loading ou certaines cinématiques apportent parfois une phase de jeu (sur Crash Tag Team Racing on pouvait jouer à faire lâcher quelques gaz au personnage s’affichant à l’écran), l’écran de Game Over est d’autant plus sarcastique. En effet, il semble évident que les phases de jeu représentent, mais aussi incarnent, la vitalité. Non seulement le joueur est actif mais les animations aussi vous en mettent plein la vue. Alors si l’activité du joueur représente la vie, les phases de non jeu représentent-elles inévitablement la mort de l’acte même de jouer ? Le rôle de l’écran de Game Over est double. Premièrement, il incarne purement et simplement une de ces phases de non jeu mais il représente clairement la mort du joueur. Alors affirmation ou négation de la volonté de jouer ?

A première vue, nous répondrons par la négative. Il est assez inné de dire que cet écran de Game Over est la manifestation d’une négation de la volonté. Pour Schopenhauer, cette négation n’est autre qu’un « passage dans le néant », ce qui reviendrait à dire que le Game Over est un passage dans le néant. C’est plutôt convaincant comme analyse en effet. D’autant plus que ces deux mots (Game Over) sont des signes de mort et pour Arthur, les signes de mort manifestent une fois de plus cette négation de la volonté. Mais est-ce une négation de la volonté ou alors, plus justement, une privation de la volonté ?



Le fameux écran de chargement où … on rigolait. Crash Tag Team Racing (Game Cube)


« Notre existence même implique une faute, c’est ce que prouve la mort ». En effet, l’écran de Game Over apparaît lorsque vous avez transgressé les lois que vous imposait le jeu. Cela peut être une mort en combat, une noyade ou un faux pas, il n’en est pas moins que le seul responsable est le joueur en tant que joueur. Vous vous privez donc vous-même de votre volonté de jouer (ou de vivre) ce qui reste une négation volontaire de la volonté (dans le fait qu’un jeu peut être fait sans jamais passer par la case « Game Over »). Mais qu’en est-il des jeux où le Game Over est absent ? Comme dans Kirby : Au fil de l’aventure, où le joueur est dans l’incapacité de mourir, dans l’incapacité de passer par le néant. Il est comme prisonnier de la vie. Une idée qui ferait sauter de quelques mètre ce chère Schopenhauer.


 

 Kirby : Au fil de l’aventure


Si le Game Over signe la mort de l’acte de jouer, il représente aussi la possibilité qu’a un joueur de recommencer ou reprendre une action et ce pour son plus grand plaisir. « Compte sur la possibilité d’une existence favorable départie par la main du hasard ». Et le joueur reprend donc le cours des événements qui, parfois, l’amène à refaire certaines actions plus ou moins importantes dans le jeu pour atteindre l’endroit où il a fauté. Sensiblement pareil, il ne vit cependant pas une deuxième fois ce qu’il a vécu. Une micro secousse du petit frère pour faire dévier le stick analogique et ainsi dévier de la trajectoire empruntée précédemment, une RNG (Random Number Generator) différente et le joueur vie une nouvelle expérience vidéo-ludique.

   L’instant après avoir incarné la négation de la volonté de jouer, l’écran de Game Over joue un autre rôle, et « La volonté de vivre s’affirme de nouveau ». C’est ce que Schopenhauer appelle l’acte de génération. Une nouvelle partie est générée, parfois un autre monde, une nouvelle trame aléatoire, un nouveau point de départ. Et c’est ainsi, qu’après le Game Over de Tetris le joueur s’en remet à lui-même et au côté aléatoire du programme qui le conduira peut-être à l’abandon de la volonté.


 

 Tetris, sur GameBoy


Dans un jeu, le Game Over mêle la négation et l’affirmation de la volonté de vivre et de jouer. Si il s’apparente à l’arrêt brutal de l’acte même de jouer, il donne aussi l’espoir de réaffirmer sa volonté de vivre. Ce double jeu rend l’écran de Game Over à la fois complice du joueur et ennemi de celui-ci. Il est en arrière-plan, joue le rôle de spectateur ironique et vous nargue sans aucun remord. Il est inaccessible et se joue de son irrationalité. Et je terminerais sur une dernière citation de tonton Arthur : « Nous devons envisager notre propre mort comme un événement désirable et heureux ».


PS, I Hate You : Et oui, comme vous, certains Game Over m’ont traumatisé. Sachant que je suis un très grand fan de RPG et que ma première console de salon était la Game Cube, je dirais que mon pire Game Over est celui dans Baten Kaitos. Oui, un très bon jeu mais c’était tellement rageant…


[Loading] est une rubrique publiée le jeudi, et c’est la vôtre. Elle a pour but de partager sur le blog les écrits / dessins / etc. de nos lecteurs. N’hésitez pas à nous faire parvenir vos tests, strips, coups de cœur et de gueule si vous voulez les faire découvrir sur Kiss My Geek ! Vous pouvez nous envoyer tout ça grâce à notre formulaire de contact.


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3 Comments

  • Reply
    JohnScarr
    29 Juil 2013 4:01

    Excellent article, bravo pour avoir pu exprimer ce sujet de manière concise, exercice assez difficile pour ce thème. Le game over c’est aussi le voyage , la considération de l’existence comme un jeu et le fait d’insister sur l’errance plutôt que sur la destination.

    Bienvenue sur Kmg en tous cas 😉

  • Reply
    Blowndie
    05 Août 2013 12:58

    Très beau commentaire JohnScarr, je t’en remercie 😉

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