
Cette semaine nous recevons une toute récente lectrice, Kia, qui va nous faire partager un [Loading] bien spécial puisqu’il s’agit d’un billet d’humeur nostalgeek sur ses meilleurs souvenirs de gameuse…
Nostalgie, quand tu nous tiens… (non, pas la radio pour les vieux!) Il m’arrive parfois d’être prise d’une douce envie de me replonger dans le passé, quand je passais mes journées et mes nuits devant ma télé 30 cm, collée à la PlayStation qui chauffait la pièce à elle toute seule. Quand on est au lycée, que notre dissertation de philo est bouclée et qu’on est geek, rien de tel qu’un weekend complet sur un bon RPG, sans Internet et donc sans soluce, à la dure ! Il y avait une époque où on pouvait mettre des mois voire des années à terminer un jeu. Cela pouvait être dû à plusieurs choses, à commencer par la traduction foireuse d’instructions très complexes (j’y reviendrai), à la flemme de refaire 20 fois un boss auquel on ne trouve aucun point faible, ou seulement car après avoir fait 3 fois le tour de la pièce/du donjon on ne voit plus où aller et on laisse tomber. Eh bien oui, la flemmarde que je suis regrette l’époque où notre petit cerveau était le seul à faire le travail – désormais se mettre en mode Google.fr suffit en général- malgré les contraintes éventuelles que ça procurait. De plus, quand t’as pas d’argent, tu n’as en général qu’un ou deux jeux non terminés, donc tu prends ton courage à deux mains et deux pieds, et c’est reparti pour les méninges en surchauffe.
Tout ça pour dire que quand la nostalgie me gagne, j’ouvre mon dossier Musiques et je m’en vais chopper les chefs d’oeuvre qu’ont créé Uematsu, Sakuraba, Aoki, Soule et bien d’autres. Ça me donne immédiatement envie d’y rejouer, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de logistique car je n’ai qu’une télé et trop de vieilles consoles… Alors pourquoi les jeux d’aujourd’hui ne me font pas cet effet ? Pourquoi je ne me dis pas « Tiens, je referais bien God Of War III » ou encore « Heavy Rain y’a plein de fins différentes, allez hop challenge aujourd’hui j’en débloque trois ! ». Suis-je déjà une vieille aigrie qui se gausse en pensant que c’était mieux avant ? C’est probable, car je suis convaincue que les jeux actuels n’ont plus la même qualité et visent un public plus large et moins exigeant. Je pense toutefois que le concept de « jeu préféré » change forcément avec les époques, et surtout est lié à une certaine situation à un moment donné de sa vie. Difficile d’expliquer pourquoi on adore une musique, est-ce qu’elle n’évoque pas un souvenir, une personne? Pourquoi nous met-elle de bonne humeur le matin? Le jeu vidéo, c’est la même chose. On peut adorer un jeu que beaucoup trouveront moche ou peu approfondi, uniquement car les circonstances de sa découverte, les délires qu’on a eu dessus avec ses potes, ajouter ici une mention utile, nous ont marqués. C’est ainsi que je définis mes « jeux préférés » : ce ne sont pas les meilleurs jeux du monde, je suis consciente de leurs défauts, mais je les aime.
« Mais quel est donc son jeu préféré ? » se demandent tous mes fans en chaleur. Et il est temps de faire tomber les masques. Breath of Fire III est pour moi LE jeu qui est au top, celui qui fait crier les groupies, celui qui donne chaud en plein hiver, celui qui rappelle les bras réconfortants de maman après une chute à vélo. Pour ceux qui ne sont pas aussi âgés que moi, ou qui sont simplement incultes, voici une petite bande-annonce :
Ce jeu… c’est un pic, c’est un cap, c’est une péninsule!… Bref, je l’ai refait un certain nombre de fois, ce qui n’est pas une mince affaire vu qu’il faut environ 50 heures pour en faire un bon tour. J’en ai débattu des heures avec d’autres fans enragés comme moi sur les forums, j’ai eu des théories, j’ai imprimé la soluce, j’ai dessiné des artworks moches… J’ai mis plusieurs années à le finir, merci la traduction AB Productions-like. Il est un moment dans ce jeu où il faut traverser un désert en se repérant avec les étoiles, et si la traduction n’était pas AUSSI POURRAVE je n’aurais pas mis plusieurs ANNEES à trouver comment poursuivre. Pour vous donner une idée de la situation dramatique dans laquelle je me trouvais, seule devant ma télé et un carnet de notes sur les genoux, accrochez-vous bien à votre fauteuil et visualisez :
- 1/ l’explication sur l’obtention du Chocobo d’Or par le maître des Chocobos dans Final Fantasy VII
- 2/ un manuel de mécanique poussée à moitié traduit du finois
- 3/ Les deux à la fois, avec des pages qui manquent!
Et voilà, vous savez désormais que si la curiosité ou l’amour des oldies vous pousse à lancer ce jeu un jour, ce sera la galère, donc préparez votre moteur de recherche. C’est ce que j’ai fini par faire, me rendre chez mon revendeur de loisirs interactifs le plus proche en le suppliant de m’imprimer la soluce en anglais… Eh ouais, je n’avais que 15 ans, pas Internet mais beaucoup d’acné.
Mais finalement, pourquoi j’explique tout ça ? Pour dire à quel point je crois qu’on peut aimer un jeu malgré certains aspects pourris qu’il offre, malgré des défauts qui nous auraient soulé dans d’autres circonstances, mais qui nous ont juste légèrement agacés et freinés dans notre progression. Il n’est pas évident d’expliquer pourquoi on aime et adore profondément un jeu… Celui dont j’ai parlé, c’est un scenar sympa, un gameplay et des musiques pas dégueulasses, des dragons qui crachent du feu, mais c’est avant tout le jeu qui m’a donné goût au RPG, le premier héros virtuel que je rêvais d’avoir dans mon lit, le jeu qui a ouvert mon imagination jusqu’à déboucher sur une fanfic, l’histoire dont je rêvais la nuit, le jeu qui a tourné trois jours non-stop juste parce que sauvegarder le temps d’aller manger ça m’ennuyait…
Finalement, ce qu’on appelle un bon jeu, c’est pour moi le même principe qu’une belle rencontre, on s’attend pas à la trouver, elle n’est pas forcément comme on l’imaginait, mais on l’aime pour ses qualités et ses défauts… Les jeux actuels, je les apprécie, je m’y investis, mais je n’y associe pas d’instant précis de ma vie, je ne me prends pas à rêvasser de la BO, je ne me vois pas les reprendre en main un jour. Peut-être que ce n’est pas assez nouveau, peut-être que je suis dépassée par l’actu des jeux vidéo qui évolue d’heure en heure, avec toujours un jeu indé par-ci, une suite par là, que je n’aurai pas le temps ou l’envie de faire de toute manière. Quel est votre jeu préféré? Ce serait intéressant de savoir ce qu’en pensent les lecteurs de Kiss My Geek, et de quelle génération ils sont issus (PlayStation, SuperNes, Xbox…), on pourrait être surpris par les réponses.
La nostalgie ça a du bon, et je vais de ce pas relancer Final Fantasy VI.
Le grain de pixel d’Eskarina :
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