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[Test] Minit, 60 seconds to save the world

bannière minit

Réfléchissez à ce que vous venez d’accomplir au cours de la minute passée : vous avez peut être curé votre nez, fumé une cigarette, mis à jour votre base de données virale, touillé machinalement une boisson chaude… rien de bien exaltant, en somme. Dans Minit, pendant ce laps de temps, vous auriez pu gambader, trancher, frapper, arroser, explorer, discuter, combattre, nager et mourir. Vous êtes désormais libres de vous morfondre sur la médiocrité de votre vie quotidienne.

C’est le matin, et comme tous les matins, un petit bonhomme à bec de canard (appelons le Schmurtz) se réveille dans sa maisonnette. Schmurtz, donc, quitte son lit douillet, et porté par le souffle de l’aventure, s’en va se balader sur la plage. Il y trouve -surprise !- une belle épée. Quelle chance, il va pouvoir passer au fil de sa lame tous ces sales crabes qui grouillent alentour. À moins que cette épée ne soit porteuse d’une malédiction qui réduit l’espérance de vie de son porteur à 60 secondes. Oui ben, on peut pas tout avoir, Schmurtz.

Guerre épée

Autant aborder ce point sans attendre : le monde de Minit s’explore par des sessions de jeu d’une minute, ni plus ni moins, qui s’achèvent par une mort inéluctable. Heureusement, les actions entreprises au cours de chaque existence éphémère sont sauvegardées, transformant chaque nouvelle vie en une course angoissée, entre deux renaissances dans l’un des quelques points de sauvegarde disponibles.

Hôtel délabré, caravane, maisonnette : plusieurs nids douillets jouent le rôle de points de chute au sein d'un monde hostile
Hôtel délabré, caravane, maisonnette : plusieurs nids douillets servent de points de chute au sein d’un monde hostile

Le jeu de Devolver évoque un temps que les moins de ving ans ne peuvent pas connaitre, en faisant directement référence à l’époque bénie de Link’s Awakening (mais si, souvenez vous, cette épée sur la plage). Il emprunte, de façon si évidente que cela en devient un hommage, les mécaniques de jeu et de progression des Zelda 2D. Si le joueur n’a au départ à sa disposition qu’un faible panel d’actions (se déplacer et frapper), c’est par l’accumulation d’équipement que sa marge de manœuvre s’élargit, lui permettant par la même occasion de visiter de nouvelles zones.

Rythm & Blues

Chaque nouveau gadget permet d’explorer, d’ouvrir de nouvelles voies ; face à ces interactions multiples, parfois même cachées, on se retrouve à tâtonner, frapper, arroser, pousser tout et n’importe quoi dans l’espoir de dévoiler de nouveaux chemins. C’est bien cette exploration hasardeuse, qui force le joueur à malmener son environnement, qui rend l’audacieux système de Minit cohérent. Certains passages, qui demandent d’accomplir de longs parcours, incitent ainsi à optimiser ses trajectoires tel un speedrunner, avant de s’effondrer sur un checkpoint à une demi seconde du trépas.

Dans ce monde pessimiste, difficile de trouver un personnage qui ne soit pas pétri de désenchantement
Dans ce monde pessimiste, difficile de trouver un personnage qui ne soit pas pétri de désenchantement

Ces courtes sessions battent une mesure impitoyable, transformant presque le titre en jeu de rythme. L’environnement joue habilement avec la contrainte, imposant ses obstacles de façon cohérente : le temps qui passe devient une course, l’avenir une limite. Confronté à un labyrinthe ou à un parcours complexe, on trépigne, tourne en rond, réfléchit du mieux que l’on peut, avant de rendre l’âme et, fier des observations précédentes, de revenir plus fort. Dans Minit, on progresse en acquérant des objets, mais surtout en entraînant sa mémoire. Quitte à, parfois, jouer paradoxalement de patience. N’en déplaise au personnage de cette vieille tortue, qui a de toute évidence des choses à dire, mais cultive un vilain attrait pour les monologues sans fin.

Do. Or do not. There is no try

Si l’existence éphémère du protagoniste de Minit se révèle frustrante lors des premiers essais, elle permet à terme de se surprendre, petit à petit, de soi même autant que du jeu. On s’étonne alors de pouvoir parcourir tant de chemin en si peu de temps, d’être parvenu à optimiser ses déplacements, ou d’avoir mémorisé un parcours.

Le compteur est formel : plus que trois secondes avant que cette grenouille désabusée n'assiste au médiocre spectacle de ma mort
Le compteur est formel : plus que trois secondes avant que cette grenouille désabusée n’assiste au médiocre spectacle de ma mort

Après avoir fait se succéder une trentaine de décès, l’aspect Die & Retry de Minit invite à réfléchir sur la course effrénée du temps : il semblerait qu’en fin de compte, que l’on try ou que l’on ne try pas, on finisse fatalement par trépasser. Face à un constat aussi funeste qu’inexorable, autant se démener pour accomplir tout ce que l’on peut, pendant le peu de temps qui nous est accordé. Oui, c’est la même conclusion métaphysique qu’un tatouage «Carpe Diem» sur la hanche, mais ça a quand même un peu plus de classe. Et les deux heures nécessaires pour finir Minit sont moins douloureuses qu’un passage chez le tatoueur.

C’est la lutte finale

Malgré son univers monochrome de fantômes bienveillants et de chiens qui parlent, le titre dissimule un sous-texte politique. En quelques boites de dialogues, il parvient à tisser un propos léger mais bien existant sur la mondialisation et les luttes sociales.

grève

L’usine d’où provient la fameuse épée maudite, de toute évidence possédée par un sinistre marchand d’armes, coche toutes les cases de la grosse et vilaine entreprise capitaliste : conditions de travail déplorables, contamination de l’environnement, bureaucratie kafkaïenne… Et sous la pression inquisitrice du grand compte à rebours, le sens des mots se multiplie. Le joueur, pressé par l’inéluctable course du temps et les objectifs qu’il s’attribue lui-même, finit par se comparer à ces mineurs qui triment, à ces bureaucrates désillusionnés. Il pointe à chaque naissance, dépointe à chaque mort, et se démène pendant le court laps de temps que chaque existence lui accorde.

En bref

Non content d’être un excellent jeu, Minit cristallise, jusque dans sa mécanique principale, toute l’angoisse du memento mori. Il s’interroge sur le passage du temps, sur la mort, sur l’empreinte que chacun laissera derrière soi. Tel une œuvre baroque, tout en clair obscur, en ossements et en fantômes, il nous rappelle que notre fin à tous est proche.

On aime :

  • La progression naturelle, adaptée à une existence éphémère
  • L’existence éphémère en question
  • Les questionnements, qui se tissent en filigrane

On aime moins :

  • La durée de vie, nuancée par un mode NewGame+ retors

Craquez vos PO si :

  • La mélancolie de la Game Boy vous ronge
  • Vous savez que vous allez, comme toute chose, mourir un jour

Quittez la partie si :

  • Votre compte en banque est sous le seuil des 10€

Minit – Jan Willem Nijman, Kitty Calis, Jukio Kallio, Dominik Johann – Devolver

Disponible sur PC, Xbox One, Playstation 4 – 9,99€

Ce test a été effectué sur une version PC fournie par l’éditeur

Minute papillon

Allez, je m'excuse pour les invectives qui ont entamé cet article : votre vie quotidienne n'est pas médiocre ; elle le sera d'autant moins après avoir connu Minit.

8
Note finale:
8

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