Après plusieurs mois d’absence, [Loading] revient : cette rubrique vous permet de publier VOS articles qu’il vous suffit de nous proposer par mail (eskarina[at]kissmygeek[dot]com). Aujourd’hui, Perno revient sur « le » sujet qui fait le tour du net en ce moment : la guerre 2.0, celle que certains appellent la world war web. Vous n’avez pas pu y échapper… Il vous donne ici son ressenti, et on avait bien envie de le partager avec vous histoire de savoir ce que vous en pensez ! Perno, c’est à toi.
Il y a quelques jours, le 19 Janvier 2012, se déroulait un jour historique pour les geeks, nerdzs et autres internautes du monde entier; la fermeture de Megaupload par les autorités des Etats-Unis d’Amérique. Cette date restera probablement gravée dans les esprits de nombreux citoyens comme le jour où la guerre 2.0 a commencé, sonnant le glas d’une certaine quiété du net, bien que la protestation contre la SOPA/PIPA, Hadopi et bien d’autres projets de lois annonçassent déjà la couleur du conflit que nous vivons en ce moment. Je pense en effet que nous sommes témoins d’un événement historique, encore confus pour tout le monde, en particulier pour les personnes ayant très vaguement entendu parler du mouvement Anonymous et n’ayant pas une grande expérience de ce fabuleux univers qu’est l’internet tel que nous le connaissons et voulons préserver. La désinformation est en effet en ce moment omniprésente et c’est pour cette raison que je souhaite faire partager une certaine réflexion ; faire le point sur les événements vécus en essayant de résumer un maximum la situation, afin d’éviter de trop nombreuses divagations.
Au sein de la protestation, énormément de personnes parlent d’atteinte à la liberté d’expression -donc contraire à la constitution des Etats-Unis, de musellement du net et d’incompétence de la part des autorités américaines; c’est pas faux.
Bien que restreindre la liberté d’expression et museler l’internet semblent être deux idées fortement proches, il y a une nuance que je me dois d’éclaircir, si vous ne la connaissez pas déjà. Le premier cas concerne la fermeture même du site en question (mais également des autres sites offrant les mêmes services qui subissent en ce moment une répression semblable de la part des autorités) alors que le second concerne un processus qui s’impose peu à peu depuis quelques temps. La liberté d’expression est attaquée dès lors que l’on brandit ce blason peu glorieux de la propriété intellectuelle, invention profitant principalement aux maisons de disques et studios qu’aux artistes, mais je ne vais pas vous chanter le disque que vous connaissez déjà tous et m’attaquerai donc à l’utilisation de ce fameux concept de propriété intellectuelle qui au fait, est utilisé à tort par la justice américaine. Megaupload n’a jamais engrangé directement d’argent sur le téléchargement illégal, étant donné qu’il s’agissait d’une plateforme de stockage/échange de fichiers mal exploitée par certains individus. Et bien qu’il serait hypocrite d’affirmer qu’une infime quantité de personnes s’abonnaient à Megaupload pour simplement partager des fichiers, les réels « voyous » n’étaient d’autre que les sites profitant des services que vendait Megaupload en y référençant les liens de fichiers « piratés » tout en y plaçant un nombre considérable et indigeste de publicités autour de lien souhaité. Bien entendu, ces sites n’ont jamais subi la même répression et les « entreprises » y faisant de la publicité n’ont nullement été inquiétées. La justice américaine condamne donc le partage de fichiers quels qu’ils soient en fermant ces serveurs et non la commercialisation de la marchandise qu’est devenu l’art. L’idée clef de cette première critique reste que : « Ce n’est pas parce que des personnes jurent et blasphèment que nous devons bannir la parole ». La conclusion n’est d’autre que la justice a tiré sur la mauvaise cible avec les mauvaises cartouches.
Concernant le musellement d’internet, je ne puis m’exprimer avec certitude, mais tout laisse à croire que les états s’investissent considérablement afin que le net devienne un outil exclusivement réservé à l’enrichissement et l’exploitation de sociétés privées (bien entendu, sans même une réelle politique libérale comme le théorisait Adam Simth) comme le sont actuellement la radio et la télévision, avec un léger « espace réservé à la citoyenneté » sur des sites d’états actuellement attaqués par le mouvement Anonymous. Ce constat est d’autant plus renforcé avec cet engouement qu’ont certains à faire voter et appliquer la fameuse SOPA. Du moins, si la réforme dont l’Internet est en ce moment victime se poursuit, il est certain que nos ordinateurs deviendront bientôt des télévisions interactives où seul certains achats en ligne et la retransmission des matchs de football avec une option « pariez sur votre équipe favorite » seront disponibles. Certes, je vulgarise très grossièrement, mais rien de bon ne sortira de l’apprivoisement de l’invention la plus « punk » qui soit ; écoutez Blink182, vous me comprendrez.
Pour en revenir avec l’incompétence des autorités américaines, la justice n’a pas seulement accompli un vice de jugement, mais une erreur des plus graves concernant ce que l’on peut appeler la douce propagande libérale. Depuis la Rome antique, qui partage on ne sait combien de points communs avec l’empire états-uniens, le peuple se complet dans une société consistant grossièrement à offrir du pain et des jeux. Je pourrais citer le personnage de Labrosse, personnage de la comédie « Les Ménechmes » de Plaute : « Voulez-vous garder sûrement un homme et l’empêcher de fuir? Vous n’avez qu’à l’enchaîner avec la bonne chère et le bon vin. Attachez-le par le museau à une table bien servie. Pourvu qu’on lui fournisse à manger et à boire tout son soûl et tous les jours, jamais par Pollux ! il ne prendra la fuite, eût-il encouru la peine capitale : pour le garder facilement, voilà de quels liens il faut le lier. Admirable élasticité de ces liens alimentaires ! Plus on les élargit, plus étroite et plus forte est leur étreinte. »
En plus de s’attirer les foudres du peuple privé de jeux (et d’une certaine manière, depuis la crise des subprimes, d’une partie de son pain) l’administration Obama s’est séparée du meilleur outil de propagande qui n’ait jamais existé. Il n’avait aucun coût, si ce n’est la colère des studios évoluant dans un monde parallèle où les évolutions technologiques concernent uniquement la 3D, et se trouvait être monstrueusement efficace. Via le streaming et le téléchargement, le monde entier était baigné dans la culture américaine des séries et films entretenant presque systématiquement le mythe du rêve américain (Drop Dead Diva) et de la superpuissance rivalisant avec des extra-terrestres (Stargate). En vulgarisant une nouvelle fois, la morale de ces films et séries restait assez souvent : « Nous sommes beaux, riches et cools. Ps : On est la démocratie des Etats-Unis ! » Alors, je vois déjà certains lecteurs sauter au plafond quant à mon analyse de cette douce propagande, mais sachez qu’il n’y a aucune arrogance gauchiste, ni même de pure spéculation pro-complotiste judéo-maçonnique, mais seulement un constat tiré d’un fait assez méconnu en occident. Ce fait n’est rien d’autre qu’une chaîne de télévision et cette chaîne n’est rien d’autre que la chaîne Al-Hurra, financée par le gouvernement américain afin de concurrencer Al-Jazira et Al-Arabiya dans les pays arabes et d’étendre son influence ; ce qui marche moins bien et coûte plus cher au contribuable américain que Megavidéo.
Je ne pense malheureusement pas être en mesure de vous parler correctement du mouvement Anonymous pour terminer cet article, étant donné la difficulté à cerner correctement ce mouvement et du nombre incroyable de conneries circulant à son sujet. Cependant, je suis en mesure d’affirmer que leurs actions sont purement louables (défense des libertés positives) et s’accomplissent sans violence, malgré ce que véhiculent les médias. Je sais également qu’il est plus que probable que le mouvement soit issu du /b/ de 4chan et que le fait de bloquer les sites ne tue personne, contrairement aux politiques économiques, « humanitaires » et militaires d’Uncle Sam.
Cordialement,
Perno
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