
C’est en homme meurtri que je me présente humblement devant vous aujourd’hui. La corde ornant le cou de mon âme footballistique est l’ultime lien qui la rattache pour peu de temps encore à l’envie. Les pieds vacillant sur le fil de la honte. Alors que des rois de pacotilles aux couronnes d’épines s’en tirent en quelques heures, mon chemin de croix est long de six ans et le doute m’assaille d’en apercevoir jamais le bout. Si au moins, les limbes les plus abyssales se trouvaient derrière nous. Rien n’est moins sûr.
Chaque parole, chaque geste, chaque rumeur est une goutte sur le lien de cuir qui se resserre lentement mais inéluctablement autour du soutien indéfectible qui était mien. Je suffoque. J’expire difficilement quelques bouffées bleutées dans ce qui ressemble fortement à un ultime souffle.
Mon âme est bleue. Elle en est couverte. Je ne les sens plus. Ils s’amoncèlent, pleuvent. L’orage gronde depuis trop longtemps. Au milieu de ce chantier en perpétuelle destruction, perdu dans cette vaste étendue terne, je m’abrite naïvement sous cet arbre aux 23 branches branlantes. La foudre le percute avec violence. Encore. Qui a dit qu’elle ne tombait jamais deux fois au même endroit ? Ses frappes incessantes et tellement rapprochées donnent l’illusion d’un lien ininterrompu. Comme un tazer continuel branché sur secteur. Les manifestants subissent de plein fouet la charge des médias en uniforme de gardiens de la guerre.
Tel un aliéné, dorénavant, je me délecte des facéties d’une équipe qui n’en a plus que le titre. M’abreuvant des titres de l’Equipe. Souriant à l’expulsion d’un joli cœur. Riant d’un doublé mérité. S’esclaffant d’un entraîneur incapable de tendre la main à son prochain car trop enfoncé dans une moue infantile élémentaire voire primaire. Levant un poing salvateur à chaque nouvelle déclaration attisant un peu plus les braises déjà ardentes. Le feu a pris. L’incendie lèche de ses flammes l’honneur des supporters et s’en régale. Pour ma part, j’y jette allègrement l’amour du maillot, noir du carbone de ces six dernières années, espérant le voir enfin en cendres. Je veux bien être ce traître là!
Malgré tout, je sais que le jour venu, des quelques braises éternelles qui sommeillent en moi, ressurgiront de belles flammes aux reflets bleutés. La fin du siècle dernier a gravé une marque au fer rouge sur ce cœur dont les battements se meurent. Enfin espérons-le.
