Interviews 5

[ITW] Patrick Beja a.k.a. notpatrick


Pour cette fin de semaine, nous avons le plaisir de vous présenter notre première interview à laquelle s’est aimablement prêté Patrick Beja, le créateur d’Azeroth.Fr,le rendez-vous Tech, Appload et bien d’autres podcasts. Nous tenons tout d’abord à le remercier d’avoir joué le jeu et d’avoir répondu à toutes nos questions avec tant de réactivité ! Voici notre échange…


Kiss My Geek : Avant de commencer, peux-tu te présenter ?

Patrick Beja : Bonjour, je m’appelle Patrick Beja et je produis des émissions sur internet, principalement audio. Des podcasts quoi ! Je suis aussi assez présent sur la toile en général, et vous m’avez peut-être croisé sur Twitter, sous le nom de @notpatrick (@patrick était pris, et @notpatrick est plutôt facile à retenir!).


KMG : Maintenant que les présentations sont faites, rentrons dans le vif du sujet ! Qu’est-ce qu’un geek pour toi ?

P. B. : Hmmm pour être parfaitement honnête je n’adore pas ce terme… Il est un peu péjoratif à mon sens, et j’essaye de l’utiliser aussi peu que possible. La raison pour laquelle je n’aime pas le terme est que tout le monde est un peu « geek » aujourd’hui, à des degrés divers… Selon la définition traditionnelle, un geek est un fan de technologie, d’ordinateurs, de jeux vidéo, ou même de mangas ou de films en images de synthèse par exemple.
Mais qui n’est pas un peu de tout ça aujourd’hui ? Peut-être pas nos parents, et peut-être pas votre cousin Gérard qui ne s’intéresse qu’à sa collection de libellules sauvages, mais parmi les 15-35 ans il y a peu de gens qui ne correspondent pas à au moins deux ou trois de ces critères. Et il y a beaucoup de gens plus âgés que l’on pourrait classer dans cette catégorie aussi.
La raison pour laquelle je n’aime pas le terme, c’est qu’elle donne l’image d’un groupe « en marge » : on s’en sert comme terme marketing qui ne veut pas dire grand chose pour parler de ces « gens étranges » qui ne vivent pas comme « nous »…
Mais je comprends aussi qu’il faut qualifier cette culture émergente, et c’est pourquoi j’utilise moi aussi le terme de temps en temps, quand je ne peux pas l’éviter. Sinon je dis simplement « les gens ». 🙂


KMG : En es-tu un ?

P. B. : Oui! Et je n’ai pas commencé à aimer ces choses quand le terme est devenu à la mode…


KMG : Que penses-tu de l’évolution de cette culture ?

P. B. : J’en suis plutôt fier, parce que d’une certaine manière c’est celle de ma génération et j’ai participé à son avènement (comme tous ceux qui ont fait la queue devant la librairie Tonkam dans les années 90 pour acheter des manga en Japonais sans savoir lire la langue). Je suis sans doute un peu plus âgé que la plupart des geeks, puisque j’ai 36 ans, et j’étais donc présent aux débuts de l’informatique, du net, et de la culture que beaucoup prennent aujourd’hui comme un acquis. Nous n’étions pas très populaires à l’époque, il faut le dire, mais nous nous en foutions… Nous avions trouvé quelque chose de différent, de nouveau et d’original, bien loin des jouets en bois poussiéreux de notre enfance. Et tous ensemble nous avons amené tout ça au grand public, à force d’achats de consoles de jeu importées hors de prix et d’évangélisation de l’email et de web alors que les autres utilisaient encore le minitel.
Alors quand je vois que toutes ces choses font maintenant partie du quotidien de notre société, je repense à cette époque où on nous regardait comme des bêtes étrange et je me dis (avec fierté, donc), qu’on a quand même parcouru un bien long chemin pour arriver où nous sommes. 🙂


KMG : A quoi  joues-tu en ce moment ?

P. B. : A beaucoup de choses!  World of Warcraft bien sûr, mais aussi Modern Warfare 2, Uncharted 2, je viens de faire Flower, et je zieute de très près Dragon Age et Mass Effect 2… Entre autres.


KMG : Qu’est-ce que tu lis ?

P. B. : Je viens de finir On Writing de Stephen King (intéressant) et la New York Trilogy de Paul Auster (j’ai détesté).
Tout ça sur Audible, en audiobook bien sûr !


KMG : Qu’est-ce que tu regardes ?

P. B. : En séries télé ou en film? Allez on va faire les deux, je vais me limiter à trois par catégorie.
Séries: Damages (excellent!), Lost (la saison 6 vient de débuter, je lui donne sa chance), et Dr. House, que j’aime toujours autant même si ça n’est plus au niveau des premières saisons.
Ciné: ces derniers mois, je dirai que les films qui m’ont marqué sont Avatar (bien sûr), 500 Days of Summer (500 jours ensemble en français, meilleur film de 2009 selon moi). Et un que je n’ai pas encore vu mais dont j’attends beaucoup : le Sherlock Holmes de Guy Ritchie.
Et bien sûr tous les podcasts de NoWatch.TV et NoWatch.FM, de Revision3 et de TWiT… Mais ça va sans dire.


KMG : Quels sont tes projets persos à court / moyen / long terme ?

P. B. : Développer les choses avec les petits gars de NoWatch. Nous avons des projets très ambitieux, et nous comptons vraiment devenir un acteur important du monde de la production audiovisuelle web sérialisée (pour ne pas dire « podcast ») en France.


KMG : Comme tu es le premier interviewé, voici un petit jeu : chaque geek de Kiss My Geek possède un super pouvoir de geek. Par exemple Oujiz peut se mettre AFK toutes les 2 secondes, que ce soit IRL ou IG ! Et toi, quel est ton pouvoir ? 🙂

P. B. : Euh… le super-multitache. J’ai les yeux sur 12 parties du web en même temps, pour suivre tout ce qui se passe en temps réel.


KMG : Quel est ton meilleur souvenir de geek ?

P. B. : Difficile d’en choisir un seul, mais… Allez, au hasard :

Avoir acheté une version Super NES de Street Fighter 2 importée du Japon à 1000 francs à l’époque (c’était une somme monumentale pour un seul jeu, sans doute proche de 300 euros aujourd’hui), et en avoir fait le jeu le plus rentable de toute mon histoire, en passant des nuits entières à y jouer avec mes amis pendant des mois et des mois. Nous nous retrouvions tous les soirs vers 8 ou 9h, et nous jouions à ce jeu jusqu’à 2 ou 3h du mat. C’était épique 🙂



KMG : Merci énormément pour cette petite entrevue hautement geekesque, tu as le mot de la fin !
P. B. : Accrochez-vous, nous n’en sommes qu’au début de l’aventure !

Voilà, c’est la fin de l’interview ! Nous espérons qu’elle vous aura plu et qu’elle vous aura permis d’en savoir plus sur Patrick Beja, voire d’avoir pu apprendre de qui il s’agissait ! Vous pouvez le retrouver sur le rendez vous tech principalement (http://frenchspin.com) et sur son Twitter (http://twitter.com/notpatrick).


Divers 6

SixthSense, l’ordinateur du futur en Open Source

Hier l’un de mes amis, surexcité, m’envoie une vidéo sur MSN : « Regarde ça, c’est génial ! ». Un peu étonnée par un enthousiasme qui ne lui est pas coutumier, je clique sur le lien par curiosité et je tombe sur une vidéo que j’avais déjà vu il y a quelques semaines, mais pas en entier :

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=YrtANPtnhyg[/youtube]

Disponible en VOSTF ici.

Comme dénoté par le journaliste de Gizmodo la longueur de la vidéo et les débuts peu extravagants à coup de post-its et de souris désuettes ne font pas très envie.

Toutefois, si l’on prend la peine de regarder la vidéo cinq minutes de plus, on reste abasourdis devant ce que Pranav Mistry, ce jeune ingénieur du MIT qui ne paye pas de mine, est parvenu a créer à l’aide d’ustensiles simples et quotidiens. Ainsi, avec le micro et la caméra d’une webcam il est parvenu à façonner un véritable bijou d’inventivité sous la forme d’un étrange ensemble casque-projecteur / pendentif-micro-caméra. qu’il nomme -presque poétiquement- SixthSense. L’idée d’un tel prototype est de permettre à chacun de transposer son monde virtuel dans le monde réel en appliquant directement à l’environnement les actions réalisables sur un support technologique physique tel qu’un ordinateur, un Iphone, ou autre.

Une webcam, un projecteur, des pansements : et le tour est joué !

Si vous voulez quelques exemples plus concrets pour visualiser ce que cela donne, je vous invite vivement à regarder la vidéo si vous ne l’avez pas encore fait à hauteur de ces lignes. Cela m’évitera d’avoir à résumer ce qui est déjà si bien expliqué et illustré en image.

J’aimerais plutôt m’attarder sur le fait qu’à l’heure actuelle, cette invention a eu assez peu d’échos hors du net ou de la presse spécialisée. Si l’on s’exclame sur l’Ipad ou sur la dernière application inutile qui va avec, pourquoi personne ne parle-t-il de SixthSense, une invention qui pourrait révolutionner notre quotidien ? D’autant qu’il se veut Open Source, comme le désire son créateur ! Le côté freeware de cet outil ne serait-il pas d’ailleurs l’une des causes de sa faible médiatisation ?

Si l’on jette un coup d’oeil au site officiel de Pranav Mistry, on notera pourtant, non sans une sensation de vertige, tous les prix raflés par le jeune Géo Trouvetou.

Pranav Mistry, le Géo Trouve-Tout du MIT

En imaginant une seule seconde ce que deviendrait le monde si tout un chacun pouvait avoir un accès direct et presque gratuit à ce soft, des technologies comme celles vues dans Minority Report pourraient devenir une réalité ! Essayez d’évaluer les avancées que cela apporterait en terme de communication  et d’information, en terme d’accessibilité pour les sourds et muets, en terme de sécurité pour les services de police, etc. !

La seule question restante est à mes yeux : si les applications liées par ce « gadget » sont véritablement déposées en Open Source, qu’en sera-t-il de l’ustensile en lui-même ? Les possibilités quasi infinies de cette création ne vont-elles pas faire saliver les plus grosses entreprises ? Ne tenteront-elles pas de s’emparer du génie de Pranav Mistry ? Et ce dernier résistera-t-il aux pressions financières et politiques ? Enfin : cet outil ne pourrait-il pas être retourné contre l’Homme et  la protection de sa vie privée qui sont, de nos jours, tant sujet à polémique ?

Quoi qu’il en soit, pour l’instant, laissons de côté cette vision très pessimiste amenée par la fascination et la crainte de l’inconnu, et laissons-nous bluffer par ce génie à qui, personnellement, je tire mon chapeau.